Band 
Tome I.
Seite
186
JPEG-Download
 

,86 HISTOIRE DE P O L Y B E,

Carthalon aiant pris quelques vaiílèaux, Sc en aiant brisé quelquesautres, s’éloigna un peu de Lilybée, Sc alla se poster sur la route d’Hé-raclée pour observer la nouvelle flotte des Romains, Sc l’empêcher d’a-border au camp. Informé ensuite par ceux qu'il avoit envoiez à la dé-couverte , qu’une aflez grande flotte approchoit compoíëe de vaiílèauxde toute forte, il avance au-devant des Romains pour leur présenter la

\

mer que sor terre. Ici les partis à la guerre nouspeuvent tenir íàns cesse avertis des mouvemens deì’ennemi, 8c de ses moindres manœuvres. Maiscela est encore plus aisé sur mer, où il est ordi-naire , quoiqu’une armée soit à l'ancre > ou qu’ellefaste route, d’avoir des bâtimens au large pourreconnoître. C’étoit la méthode des Anciens,comme elle est aujourd’hui la nôtre. Lorsque Cé-sar débarqua en Afrique auprès de Ruspine, il a-voit un certain nombre de bâtimens qui croi-íòient íùr ce parage, parce que l’ennemi étoit enmer. D’ailleurs je ne conçois pas comment, íoitíùr mer , soit sur terre, un Général peut-être sor-pris. La guerre est une science tondée íùr des prin-cipes certains 8c démontrez , 8c íùr des régies in-faillibles de íûreté 8c de précautions. II est doncpossible au Général de prévoir ce qui lui peut ar-river, ou ce que l’ennemi peut entreprendre íùrlui : il doit donc être préparé à tout evénement,£t ces régies St ces principes nous mènent là. LeGénéral Romain devoir aisément conjecturer qu’ilpouvoit être attaqué, ou brûlé, 8c qu'il lui íèroitdifficile de l’éviter, si certain vent lòuffioit: ildevoit donc être íùr ses gardes, il est pourtantsurpris, 8c une partie de la flotte brûlée 8c dissi-pée.

Les fautes de négligence 8c de prévoiance, tel-les qu’elles puissent être, ne sent pas humaines:le Non putabam à la guerre, est l’excuse du mon-de la plus impertinente 8c la plus ridicule ; à pei-ne les souffre-t-on dans ce que l’eíprit humain nelàuroit prévoir, 8c qui dépend lèul du caprice de]a fortune. Rien n’eít plus difficile que les surpri-ses des camps, pour peu qu’on suppose qu’on aa flaire à un homme, 8c non pas à une béte : cesfortes de desseins sont íùjets à mille cas fortuits,à mille inconvéniens, 8c d’un détail infini de ru-ses 8c de précautions: celles d’une armée navalene sont pas moins chargées d’épines 8c d’embar-ras, outre qu’il est plus aise d’avoir des nouvelles8c de faire avorter ces sortes de desseins. Est-ilbien possible de voir 8c de lire sens cesse dans l’His-toire, qu’une infinité de grands Capitaines se sontlaissez, surprendre comme les plus mal-habiles, pardes ruses même très-grossiéres 8c très-íùrannées,8c d’autres íàns qu’on en ait emploié aucune? Té-moin la marche du Maréchal de Villars pour al-ler au secours de Douai, assiégé par l’armée desAlliez., Ce Général résolu à une action du plusand éclat, marcha ce qu’on appelle trompettesnnantes de Cambray à Arras, Lc passa làlaScar-

pe le lendemain au grand jour droit aux ennemis,qui se trouvèrent aussi étonnez de le voir enleur présence, que si cette armée fut venue par,le vague de l’air, ou par enchantement. Nos sol-dats, qui s’attendoient à une action, ne : le fu-rent pas moins d’être arrivez, 8c de s’en retour-ner fans rien faire. Carthalon n’en uíà pas ainsi,il étoit venu à dessein de surprendre 8c de brû-ler la flotte Romaine , 8c son dessein réussit com-me il l’avoit prémédité, plutôt que de faire unevaine montre de ses forces, 8c de retarder seule-ment le siège de Lilybée. Le Carthaginois étoitmaître d’agir selon le tems, les lieux 8c l'occa-sion: il prit sor lui toute cette affaire; on admi-ra la fortune du François, qui lui ofífoit un boncoup à faire, íàns avoir ruse le moins du mon-de, ni çrû même qu’il pût sorprendre son enne-mi : celui-ci rendit grâces à cette même fortune »qui lioit íàns doute la bonne fortune de son favo-ri par les ordres de la Cour. Heureux les Générauxdont la valeur 8c l’expérience ne sont point rete-nues 8c contraintes pso des ordres supérieurs.

Par tout ce que je viens de dire plus haut, iln’étoit pas difficile au Commandant de la flotteRomaine de s’empêcher d’être sorpris 8c brûlé, 8cde se garantir du piège. Je trouve fort peu d’e-xemples de ces sortes de faits dans les Anciens.Je vois pourtant une flotte brûlée dans Homère;Hector fit le coup, il mit le feu à la flotte desGrecs qui étoit à l’ancre: 8c fans le secours del’imagination du Poète, qui a toujours un Dienou une Déesse de réserve pour les grands be-soins, il eût consumé 8c détruit le tout. Hectorse servit de flambeaux pour cette entreprise, 8 eHomère n’eut besoin que de ses machines ordi-naires, de ses Dieux 8c de ses Déesses, pour e-teindre cet incendie L’éxemple que je vais ci-ter , n’est rien moins que poétique.

César étant arrivé en Afrique avec une partiede ses forces de mer, donna ordre au reste q ulvenoit de Sicile de le venir joindre. Comme se sLieutenans ignoroient le parage où il avoit débar-qué , il envoie Aquila au-devant de ceux qui v É e “noient de Sicile. Le refie des vaisseaux, dit Hir*tius, étoit à la rade de Leptis, oìi pendant que ‘ eSgens de marine étoìent allez, acheter des vivres d0 sla place, ou s'étoient écartez, le long du rivage,rus qui en eut avis , les vint surprendre au point dtajour, âpres être parti du port d'Adruméte fatseconde veille de la nuit, & brûla tous les vaisseau*de charge qu' il trouva éloignez, du port, avec dex*