,96 HISTOIRE DE POLYBE,
bord se mettant là en mer, il alla désolant toute la côte d’Italie, & pé-nétra jusqu’au païs des Cuméens : ensuite les Romains étant venus parterre se camper à environ cinq stades de son armée devant la ville dePalerme, pendant près de trois ans il leur donna une infinité de diffé-rais combats.
(a) Les décrire en détail, ces combats, c’est ce qui n’est pas possi-ble. On doit juger à peu près de cette guerre comme d’un combat deforts Sc de vigoureux athlètes. Quand ils en viennent aux mains pouremporter une couronne, & que fans ceíse ils se font plaie for plaie, nieux-mêmes, ni les spectateurs ne peuvent raisonner for chaque coup quise porte ou qui se reçoit > quoique for la vigueur, l’émulation, l’expé-
rience,
d’un grand ufige Sc d’un grand secours; qu’il mé-ditoit fans cesse pour de nouveaux desseins , Lcqu’il agissolt de même.
M. de Turenneétoit l’homme du monde le plusméditatif, joignant fans cesse la spéculation à lapratique, 8c c’est à cette spéculation qu’il a dù tou-tes ses victoires 8c tant de manœuvres savantes 8cextraordinaires, qui en furent toujours le fruit.q_uel fabricateur de maximes militaires que le Ma-réchal de Gassion ! Son Historien lui prête 8c luidonne celle-ci de se pure libéralité. II ne lui iaitpas un fort grand présent; c’est le défaut d’un é-tourdi. On lui en attribue encore une autre beau-coup moins sensee, 8c plus fausse que la premiè-re. II difoit que rien n’étoit impossible a un Gé-néral qui est soldat > qui fait vivre de ce qu'il a, &thercher ce qu’il n'a pas. Un Capitaine qui rem-plirait cette maxime, serait un brave soldat, Scun grand maraudeur, pour chercher ce qui luimanque, 8c un très-mauvais Général : ceci sent dità la rigueur» car on pourrait bien la prendre dansun tout autre sens. Revenons à M. de Turenne,je ne reviens pas si souvent aux autres.
On ne peut appeller le combat de Molt-zeim, qui est un des chefs-d’œuvres de la capaci-té Sc du courage de M. de Turenne, factiond'unhomme intrépide, si l’on n’ajoute a ce terme unbon correctif. Avec vingt-cinq mille hommes >il ose bien en affronter cinquante mille, 8c les bat-tre pleinement 8c entièrement. Un habile Géné-ral, dit Tite-Live, après Polybe, sopplée à se foi-blefle par la seience 8c l’adreflè : c’est-à-dire parPexcellence de l’ordre 8c de la distribution de lèsarmes, soutenues les unes par les autres commefit ce grand homme, lì digne de notre admira-tion.
(a) Les décrire en détail , ces combats , c’est ce quin’est pas poffMe. ] Pourquoi ne le seroit-il pas?Est-ce à cause que cette guerre a duré trois ansdans un petit coin de la Sicile ? Est-ce qu’elle n’estpas assez, intéressante ? Polybe fait voir lui-mêmequ’elle est remplie de grandes choses, 8c de toutce que la guerre a de merveilleux, loríqu’elle estconduite par les Capitaines les plus expérimentez..C’étoit tons les jours de part & d’autre, dit-il, des
pièges, des surprises, des approches, des attaques^mais un Historien qui voudroit expliquer pourquoi (3’comment tout cela se faisoit , entrerait dans un dé-tail qui seroìtfort à charge au Lecteur , qui ne
lui seroit d’aucune utilité. Ce raisonnement est-dbien judicieux ? C’est dans les guerres difficilesqu’on trouve l’instruction 8c futilité ; lorsqu’on lesécrit avec toutes les circonstances , 8c tous lesmoiens dont on s’est servi pour traîner si long-tems la guerre : tous ces faits plaisent 8c instrui-sent. D'où vient que notre Auteur le plaît si fortà décrire 8c à entrer dans le détail de la guerre dumême Amilcar contre les rebelles d’Afrique, quin’est pas moins chargée d’événemens extraordi-naires, de combats sens nombre, 8c de chicanesinfinies? Dans quel détail n’entre-t-il pas de cescombats 8c de ces chicanes ? Qui est le Lecteurqui y trouve à redire, 8c qui ne soit au contrairecharmé du récit de cette guerre ? Qui n’eût ététrès-aise d’apprendre une guerre toute de condui-te, de ruses, Lc d'artifices, comme étoit sens dou-te celle d’Eryce?Il est chagrinant que noussoionsprivez d’Un détail si curieux, 8c j’ai peine à par-donner cette faute à notre Historien; il étoit si ca-pable de la traiter en habile guerrier. Pourquoine pas nous informer des moiens que le GénéralCarthaginois emploia pour défendre un petit ter-rain contre toutes les forces Romaines, 8c pourremporter de très-grands avantages pendant toutle tems que cette guerre dura? Thucydide, dansla description de la guerre des Athéniens contreSyracuse, avoir un sojet bien moindre , quoiquebeau, que celui de Polybe. II s’est bien garde dese borner à une simple idée de cette <merre. Hl’a suivie pied-à-pied, 8c dans toutes ses circons-tances, sens en négliger aucune. Jamais Auteurn’a mieux montré ce que peut la science 8c l’ex-périence de la gue-re dans un homme d’eíprit q u *veut écrire l’Histoire de son tems. Notre Auteurfait voir la même chose dans toutes celles qu’uécrit, bien moins curieuses 8c moins instructivesque celle d'Eryce ; Lc cependant il la néglige > &ne rapporte que le gros des choses, ou pour jnieo*dire presque rien.