LIVRE I. CHAP. XIII. 201
que l’on sait par mer, parce qu’on craint egalement par tout, & qu’il saut par toutdestroupes fur les côtes pour les défendre. Thémistode prévoioit que du projet qu’ilpro-poíòit, naîtrait le salut de la Gréce » sur laquelle les Perses avoient de grands desseins, &î’agrandissement de fa patrie.
Sur ces sages considérations, les Athéniens jugèrent que leur salut, leur bonheur &leur gloire dépendoient d’une marine nombreuse ; mais où trouver des fonds suffisanspour former des armées navales ? Athènes étoit une République ; imposer sur tout lepeuple, ce n’étoit pas une affaire aisée dans l’éxécution. Quelqu’un, car on ignorequi c’est, ne seroit-ce pas Thémistode? propose un expédient qui remédie à tout, &sait voir qu’on peut lever une flotte sans qu’il en coûte à l’Etat en général, quoiqu'ilen coûte L quelques particuliers. L’avis fut goûté , tout le monde y applaudit, par-ce que le poids de la dépense tomboit fur les plus riches ; l’éxécution fut aussi promp-te que le conseil, & le conseil d’un seul homme fit le salut, la gloire & l’opulence decette République, qui se maintint un très long-tems dans une si grande puissance & setendit si redoutable, qu’elle fit peur à Philippe, tout Philippe qu’il étoit.
§. I I.
Lot des Athéniens four la construction d’une flotte, & correBion de cette loi.
L Orsque les Athéniens eurent forme leur marine, ils augmentèrent leur commerce,& le poussèrent aussi loin qu’il pouvoit aller ; ce qui les mit en état de toutentreprendre. Ils firent des conquêtes & attentèrent fur tous leurs voisins. Mais lors-qu’ils se virent contraints d’entrer en guerre contre Philippe, la République étoit épui-sée, & ses Citoiens corrompus par le luxe & la fureur des spectacles, qui font les mauxordinaires qui naissent de la paix. On trouva aussi peu de vertu dans ce peuple qued’argent. Démosthéne, qui au milieu de la folie & de la nonchalance générale s'étoitConservé sage, proposa de construire une flotte : on cherche les fonds, le trésor étoitVuide, rien de plus dans la bonne volonté des Citoiens, & même la loi qu’on obser-Voit pour l’armement des vaisseaux étoit fort onéreuse, & fort peu équitable pour lesCitoiens qui formoient les classes, comme nous verrons tout-à-1’heure. Démosthénes’élève contre, & tâche de remédier aux abus. Quelle est donc cette loi que ce grandOrateur corrigea ? Il faut l'expliquer.
La ville d’Athènes étoit composée de dix tribus, on fit une loi qui ordonnoit qu’onformerait plusieurs classes des Citoiens les plus riches de chaque tribu, & que chacunsourniroit à la dépense de l’armement pour la construction des galères & des vaisseaux deguerre on nomme donc dans chacune des tribus six vingt Citoiens qui étoient lesPlus riches : ces Citoiens s’appelloient Trier arques , ils étoient au nombre de douze cens." On divisa, dit M. de Tourreil, ces douze cens hommes en plusieurs manières." D’abord par classes, c’est à dire que les six vingt hommes qu’on nommoit par cha-s, que tribu, se divisoient en deux parties, dont chacune contenoit soixante hommes;» & c’est se nombre de soixante qu'ils appelloient classe. Il y avoir donc dix tribus>s à Athènes, & deux classes par chaque tribu ; ce qui faisoit vingt classes en tout.
,, On divisent encore ces douze cens hommes en deux moitiez, dont chacune é-» toit composée de six cens hommes, & l'on subdivifoit chaque moitié en deux par-» ties égales, qui contenoient chacune trois cens hommes. Les trois cens premiers é-" toient choisis d’entre les plus riches. Us faisoient les avances dans les besoins pres-" sans, & avoient leur recours fur les trois cens autres, qui paioient à mesure que l’é-» tat de leurs affaires le leur permettoit.
Tom. /. C c „ Après
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