ICO
HISTOIRE DE POLYBE,
OBSERVATIONS
Sur le rétablissement de la marine des Romains.
§. I.
De quelle importance il est pour m Etat d’avoir me forte marine. Maìen dont lesAthéniens se servirent pour en former me.
O N s’est extrêmement trompé dans la guerre de 1701. lorsque l’on s’est imaginequ’en fortifiant nos côtes, nous n’aurions rien à craindre des flottes des Alliezcontre nous. L’on pourroit démontrer qu’on ne pouvoit donner un plus dangereux &plus pernicieux conseil. La garde de nos côtes, & les dépenses que l’on a faites pournous garantir des insultes de nos ennemis, ont presque plus coûté qu’une armee navale»& toutes nos précautions ont été très-inutiles. L’Éspagne n’a pû se sauver des descen-tes , il s’en est même peu fallu, pour avoir manqué de forces de mer, qu’elle n’ait étéentièrement fubjugée. Les Alliez eussent-ils jamais pensé à la conquête du Roiaume deMaiorque &de Minorque, à faire le siège de Cadix, à prendre une infinité d’autresplaces maritimes, & à s’établir à Gibraltar, dont les Anglois font encore les maîtres, 6nous euflions eu des forces de mer comme auparavant ? Si la Provence n’a pas eu un pa-reil sort, il n’a pas dépendu de nous.
Je sai qu’on s’est épuisé l’esprit en France à chercher toutes sortes de moiens&d’ex-pédiens pour rétablir la marine. Une infinité de gens ont travaillé là-dessus, & four-ni des mémoires dont on n’a tenu aucun compte ; parce qu’en effet la plupart fe son 1trouvez impossibles, & d’autres fort approchans du chimérique, tendant tous à la rui-ne des peuples. Si le Lecteur éclairé & curieux prend la peine d’éxaminerce que je vaisdire, je fuis très-persuadé qu’il ne m’accusera pas de donner mes imaginations, puis-qu’il s’agit d’un fait de pratique que je tire des Athéniens & des Romains, de Polyb®.d’abord, des harangues de Demosthéne dont Tourreil nous a donné la traduction ,qu’il a ornées de notes justement fur la matière que je traite ici, & dont mon AuteUfne dit qu’un mot, mais affez pour nous faire découvrir le mistére ; ainsi je n’avant 1rien qui n’ait été perpétuellement & constamment pratiqué avec tout le succès qu'o"pouvoit attendre des deux peuples les plus sages & les plus éclairez de l’antiquité.
Lorsqu’on marche sur les traces du bon sens & de la vérité, il me semble que c’e#tout ce qu’on peut désirer pour se faire écouter. Qiioiqu’on sache fort bien que l eSvéritez nouvelles ne font pas moins estimables que les vieilles, & souvent plus, je m’ entiens pourtant à celles-ci: elles ont deux mille ans d’antiquité, mais qu’importe; est- CÊque le bon sens & l’évidence vieillissent ?
Athènes, cette République si sage & si courageuse, entreprit souvent de grande*guerres, & dans toutes celles qu’elle soutint, soit pour son salut ou son agrandissement»on connut qu’on n’iroit pas fort loin, si on se bomoit aux seules forces de terre. The-mistocle fm le premier qui eut la hardiesse de dire qu’il falloit prendre l’empire de la me»& qui en jetta les fondemens ; car il vit bien que l'ennemi (il s’agit ici des Perse*)n aiant rien a craindre fur ses côtes & fur ses places maritimes, il porteroit toutes ses f° s 'ces fur terre. De toutes les diversions il n’y en a point de plus dangereuses que celle*