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Tome I.
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LIVRE I. CHAP. XIII. *05

ges, on en sent assez la raison. Accablez de tant de pertes , & dans le dernier épuise-ment , ils abandonnent la mer, & se réduisent à leurs forces de terre ; mais ils reconnu-rent bientôt, par une triste expérience, qu’on n’entreprend point la conquête d’une I fle,iì l'on n’est le maître de la mer, & que les Etats maritimes ne sauraient se maintenirsans une armée navale. D’ailleurs toutes les places sortes de la Sicile etoient maritimes;ils s’apperçûrent bien que tant que les Carthaginois primeroient fur mer, ils ne pou-voient espérer de conserver leurs conquêtes du dedans, ni même d’y subsister , si lesCarthaginois se mettoient en tête d'intercepter leurs convois. Car depuis cinq ans qu’ilss’étoient réduits I leurs seules forces de terre dans cette Isle, ils se voioient aussi peuavancez que le premier jour; que sera-ce, disoient-ils peut-être, si les Carthaginois seravisent par une diversion fur nos côtes, qui nous obligera d’abandonner ce qui nous acoûté tant de peines & tant de travaux ? Ils avoient raison. En ce cas les voilà réduitsdans un défilé où ils ne voient aucune issue. Ils manquoient de moiens pour lever uneflotte ; & si l'argent est le nerf de la guerre, il Test plus particulièrement dans celle quise fait par mer. Sur terre on subsiste aux dépens de l'ennemi, ce n’est pas la meme cho-se fur mer. Il faut des vaisseaux, les Romains s’en trouvent dénuez. II en faut , outout abandonner. Polybe nous représente l'état misérable où ils étoient, lorsque quel-qu’un leur ouvrit une ressource qui les délivra de tous ces embarras incommodes , &

leur fit trouver plus d’argent qu’il n’en falloit pour cette entreprise. Qu’est-ce doncque cette ressource ? C’est celle même dont je viens de parler plus haut. Les Athéniensse rendirent redoutables par l’avis d’un seul homme; les Romains suivirent le même avis,& s'en trouvèrent auffi-bien qu’eux.

Nous pouvions suivre l’éxemple de ces deux peuples, après l’événement de laHogue,remettre notre marine fur pied, & nous rendre plus redoutables & plus dangereux quejamais. Nos équipages subsistoient encore, que nous falloit-il de plus que de con-struire de nouveaux navires? Un Etat, qui fourmillant d’Officiers intrépides & de ma-telots expérimentez à tout, vient à les perdre, n’a rien, & toutes les finances du mon-de ne répareront pas cette perte ; avec les finances on répare celle des vaisseaux. Si ence tems-là quelqu’un se fût avisé de penser comme on pensa à Athènes & à Rome aprèsla perte de tant de flottes, dans quelle surprise nos ennemis ne fussent-ils pas tombez ? Ceque je vais dire ne sera peut-être pas crû, nous étions encore en état de remonter furmer fans avoir recours aux Grecs & aux Romains: car notre perte ne fut jamais si gran-de que le bruit de la renommée la faifoit. Certaines gens éxagererent le mal auprès duseu Roi, & emploiérent toutes les forces de leur esprit pour le faire voir irréparable, &mieux l’affermir dans la résolution de soutenir la guerre par ses seules forces de terre , &d’abandonner la mer ; ce qui ne se pouvoit sens des dépenses effroiables. Ils cabalerentde telle forte, que le feu Roi se laissa surprendre à des conseils si pernicieux, quoiqueprudens en apparence.

Quel pouvoit être le but de ces gens-ià ? Je ne seí : peut-être crurent-íls de bon-ne foi qu’une armée navale, qui ne servoit, disoient-ils, qu’à la destruction de nosfinances, & qu’à faire une vaine montre de notre puissance, étoit inutile : P eu j\^“tre eurent-ils en vue de rendre moins considérable celui qui étoit charge des astai-res de la marine, pour rapporter tout à eux, & se rendre plus nécessaires : peut-e-tre n’avoient-ils pas assez réfléchi fur les avantages de la mer, qui augmente nos for-ces de terre sens aucune distraction, qui nous met à couvert des entreprises fur nosCotes, & qui en favorisent notre commerce coupe la gorge à nos ennemis par lamine inévitable du leur, qui est pour ainsi dire le seul aliment de leur puissance : peut-ctre enfin que toutes ces raisons entroient dans leur dessein.

II est certain que ce dangereux & bizarre conseil produisit un déluge de maî-

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