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Tome I.
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104 HISTOIRE DE POLTBE,

Ce n’est pas feulement pour n’avoir pas prévu ce qu’il falloir faire lorsqu’oft feroítarrivé : j'avoue que ce manque de prévoiance y entre pour quelque chose ; mais ceque je vais dire en est la principale cause. Thucydide l’a laissé là, ou pour mieuxdire, l’a écarté pour de bonnes raisons. II s’ennuioit dans son éxil, & redoutoit lapuissance & la violence des Prêtres de ses Dieux, & des dévots de fa religion, quin’eussent pas manqué de le rendre suspect d’irréligion , & de lui interdire fa patriepour jamais : quoiqu'il n’eût été mis au ban de l’ostracifme que pour soulager l’en-vie & la jalousie de ceux qui n’étoient pas si gens de bien.

Athènes fut de tout tems livrée au pouvoir des dévots & des esprits superstitieux,& par conséquent vindicatifs, cruels & persécuteurs. Elle ne le cédoit pas de cecôté-là aux Egyptiens. Quelques libertins, (car on ne fait pas si Alcibiade, qui nefe contraignoit pas beaucoup fur le fait de fa religion, & fur l’éxistence de tant deDieux & de Déesses ridicules, fut de la partie : ) quelques libertins, dis-je, échauffezde la débauche, & à la faveur des ténèbres, mutilèrent les statues de Mercure, ou pourmieux dire, des cubes de pierre qui désignoient ce Dieu, quelques jours avant que laflotte mît à la voile pour l’expédition de Syracuse. Toute la ville sut en alarme , onn’en pronostiqua rien de bon : c’étoit pis qu’une Comète ; on arrête une infinité d’in-nocens, pas un seul des coupables: car les dévots recherchent bien moins ceux-ci queles autres qu’ils n’aiment pas; on soupçonna Alcibiade. On le laisse pourtant embar-quer & partir, par l’a vis des bons Citoiens, qui reconnoissoient que Nicias , quoiqu’àla tête de cette grande entreprise, étoit beaucoup moins habile qu’Alcibiade qu'on luidonnoit pour Collègue. Ses ennemis, qui fe soudoient peu du bien ou du salut de lapatrie, lorsqu’il s’agissoit de satisfaire leur passion, formèrent un si puissant parti con-tre lui, fous prétexte de zélé de religion, qu’ils firent rappeller cet habile Officier pourqu’il vînt se justifier du crime d'impiété dont on l’accusoit. 11 n’eut garde de se li-vrer entre les mains de tels Inquisiteurs, il fe jetta dans le parti ennemi ; ce qui fut Tu-nique cause de T infortune des Athéniens. Thucydide a donc tort de T attribuer à tou-te autre chose qu’à ce que je viens de dire. * Ce qui doit apprendre aux Princes & auxRépubliques qu’il ne faut pas pousser à bout un homme de cœur & d’efprit, qui peutfe venger avec éclat

J’ai fait là un écart un peu violent, ce me semble, on me le passera. Outre que jeme fuis déja déclaré sur ces fortes de libertez, je le déclare encore, je ne faurois me con-tenir dans ma marche : il faut que je m’en écarte quelquefois. Si Ton trouve cette con-duite peu éxacte & contraire aux régies de la discipline des Auteurs réguliers, je ne fa*qu’y faire. Les digressions plaisent & délassent , tout le monde le dit; je consens qued’autres, qui ne font pas de Tavis de tout le monde, désapprouvent cette espèce de li-bertinage : ils ne seront pas pancher la balance. Je dois m’accommoder à toutes fortesd’eíprits, & éviter fur toutes choses la sécheresse, dont les matières que je traite ne f° ntque trop susceptibles.

§. IV.

Les Romains rétablissent leur marine. Avantages qn ils en tirèrent , & dontnom nom sommes privez, en ne les imitant pas.

L Es Romains furent-ils plus heureux que les Athéniens à l’égard de leur marinependant le cours de la première guerre Punique ? Ils perdirent deux ou trois fb lSdes flottes entières par la tempête. Rien de plus triste & de plus effroiable que ce q uaPolybe nous en apprend. La perte des vaisseaux n’est rien en comparaison des équipé"