LIVRE I. CHAP. XIII. io 7
ryce. Ils voioient bien qu’ils y .perdraient inutilement leur tems ct leurs peines, s'ilsne remontoient fur mer. Point d’autre parti à prendre que celui-là. J’avois trop bon-ne opinion de ces sages Républicains, pour croire qu’ils eussent été si longtems fanspenser à la construction d’une nouvelle flotte. Ils n’eussent pas différé d’un momentcette entreprise, si les moiens ne leur eussent plutôt manqué, que le désir d’y satisfaire.Ce n’étoit guéres leur coutume de se ménager, & d’user de retardement en pareilles con-jonctures. II vaut mieux faire un bon effort, tenir la mer & la terre, doubleríès for-ces, & tenter tout pour cela, que de doubler le tems. L’un nous met en état de fi-nir bientôt la guerre par la conquête des places qui nous restent à prendre , & l’autrenous expose à perdre ce que nous avons gagné.
Ce ne fut jamais la maxime des Romains de tirer les affaires en longueur par les dé-fauts de préparatifs. Leurs guerres étoient fortes & courtes, mais vives. Ils ne croioientpas qu’une languissante défensive, ou des efforts médiocres fussent dignes du nom Ro-main, de leur courage & de leur sagesse. C’étoit leur politique, il n’y en a pointde meilleure.
Notre Auteur n’entre dans aucun détail, & ne dit pas un mot de l’ordonnance desdeux armées : je n’ai garde de m’en plaindre. S’il y avoit eu quelque chose de nou-veau dans la disposition de l’une des deux armées,il n’eût pas manqué de nous l’appren-dre ; car de tous les Historiens de l’antiquite, il est peut-être le seul qui soit le moinsffjet aux défauts, aux variations, & au peu d’éxactitude des autres, qui courent à fac-tion fans parler des mesures qui la préparent & qui la précédent. On voit bien qu’iln’avoit pas beaucoup à dire de ces mesures, en récompense il nous fait voir beaucoupde prévoiance & de hardiesse dans la conduite de Lutatius.
Hannon étoit informé que les Romains étoient en mer. Il sentoit bien qu’il n’étoitpas en état de leur tenir tête, & qu’il ne pou voit rien faire de plus avantageux & deplus prudent, que de leur échaper & d’éviter leur rencontre. Son dessein , dit Polybe,et oit d’aborder a Eryce sans être apperçâ des ennemis , d'y décharger ses vaisseaux , degrossir ensuite son armée navale des soldats étrangers , ct d'aller avec Bar cas -présenter labataille aux Romains .
Lutatius avoit fort bien pénétré le dessein de son ennemi, il ne falloit pas trop enfon-cer pour le connoître & gagner les devans. 11 voioit d’ailleurs la conséquence qu’il yavoit de s’opposer à la jonction des deux flottes, & de profiter de l’occasion qui s’of-stoit d’attaquer les Carthaginois qui cingloient au secours de Barcas. C’étoit un coupde partie pour les Romains ; car dans de pareilles conjonctures, & lorfqu’il s’agit d'unfecours de troupes & de munitions fur lequel git toute l’espérance d’une armée qui man-gue de tout, il faut risquer toutes choses, & combattre une partie pour donner de laterreur à l’autre: car la défaite de Hannon faisoit tomber Barcas sans coup férir. Celui-Cl ne comptoir que fur cette jonction des deux flottes, assuré qu’avec ce secours il se-en état d’attaquer les Romains & de les battre, & je ne sai si ceux-ci eussent oséle présenter de droit front contre un Capitaine de cette réputation.
Je cherche pourquoi Amisear n’alla pas au-devant du secours qui lui venoit avec cequ il avoit de vaisseaux. Polybe ne nous dit pas s’il pou voit sûrement se mettre enmer, & tenter cette avanture : cela étoit peut-être délicat. Jl l’étoit encore a Hannonde s’approcher un peu trop d’Eguse, & à la vûe des Romains. Il eut pu fe dispenserde les reconnoítre, & par là il sauvoit son convoi, ses troupes & fa réputation.
Les Carthaginois avoient le vent. Ils eussent pû, puisqu’ils avoient tant fait que deConnoître Egufe, & vû les ennemis prêts à lever Pancre pour leur aller au-devant : ils^ssent pû, dis-je, virer de bord, faire force de voiles & gagner le large, ou les jouerP ar de fausses routes, favorisez par un gros frais, contre des gens peu expérimentez
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