io8 HISTOIRE DE POLYBE,
pour ces fortes de manœuvres. Hannon craignit peut-être que ce mouvement de retrai-te ne marquât un peu trop de ménagement. Il crut qu’il valloit mieux faillir contreles régies de la prudence, que contre celles de son courage. Sur ces considérations,très-imprudentes, il se détermine au combat : & voiant que les Romains appareilloient,il amène les voiles, & se prépare à les combattre.
Lutatius parut quelque tems incertain de ce qu’il feroit à la vue de l’ennemi ; la merlui étoit contraire, & les vagues fort élevées : mais réfléchissant fur la nécessité & Tim-portance de l’entreprise dont le succès finissoit la guerre, il jugea qu’il salloit passer par-dessus tous ces obstacles. D’ailleurs il considéra que le péril étoit égal à l’égard de lagrosse mer, & que si l’ennemi étoit au vent, il avoit cet avantage fur lui, que ses vais-seaux étoient éxemts de tout embarras, & plus propres pour le combat ; qu’il n’avoitaffaire qu’a une partie des forces Carthaginoises, & contre un Général moins redouta-ble & moins expérimenté que Barcas, dont la réputation étoit fort grande parmi les Ro-mains.
Le Consul, qui voit l’ennemi comme surpris de cette rencontre, se hâte de le join-dre, de peur de perdre une occasion si favorable; il pouvoit se raviser & lui échaper,#pour cela il salloit user d’une extrême diligence; car la gloire militaire, non plus que cel-le du Ciel, n’est pas le partage des tièdes & des circonspects. Le Général Romain strange fur une feule ligne, cela paroît par le commencement & le cours du combat , SCje conjecture que l’ennemi en fit de même. Cette affaire se vuida en très-peu de tems.Hannon fut battu si pleinement, qu’on peut dire que cette victoire fut l’unique caustde la perte de la Sicile, & de la fin de la guerre.
§. II.
Réflexions fur les santés des Carthaginois.
L A négligence de Hannon à T égard des précautions qu’il eût dû prendre pour écha-per aux Romains, est à peine concevable, & son imprudence ne Test pas moinsde combattre fans nécessité. Croioit-il Lutatius si malhabile , ou pour mieux dire sisot, que de négliger une occasion d’aller à la rencontre d’une armée toute aussi emba-rassée qu’une flotte marchande, dont la jonction avec l’autre le mettoit hors d’état d’at-taquer le tout ? Qui est le Général qui laisse aller de si bons coups à faire, s’il n’est stplus ignorant & le plus négligent de tous les hommes ? Où est-ce que l’ennemi pouvoitse porter pour le trouver ou pour l’attendre, sinon à Eguse ? Le Carthaginois n’eût-ilpas mieux fait, & plus prudemment, de se passer de rcconnoítre cette Isle ? Il avoitmille autres routes à prendre. S’il eût embrassé ce parti, il sauvoit son armée , SCBarcas fe trouvoit en état de prendre le dessus par ses forces de mer & de terre»l’aiant déja par son habileté & son expérience ; mais Tune & T autre ne fervent derien, si Ton n’a ni vivres ni troupes: car il y avoit longtems que ce grand Capi'raine tenoit bon contre les Romains avec des forces très-médiocres, & avec lesquel-les les Généraux ennemis n’eussent osé paroître s’ils eussent été â la place de ce grandhomme, qui les roula de chicane en chicane comme de vrais écoliers.
S’il lui eût été possible d’aller audevant du secours avec ce qu’il avoit de vaisseaux »qui peut douter qu’il ne l’eût fait ? Il en sentoit bien l'importance & la nécessité ; m alSla nécessité ne tente pas T impossible. Notre Auteur nous fait assez connoître qu’il n’/avoit rien à espérer qu’un malheur manifeste ; car en se mettant en mer il s’exposoit aperdre son poste , sâns être assuré de rencontrer le secours. Je raisonne ici fur des con-jectures, fans prétendre que ce Général fût infaillible: à parler dansl’éxactitudescrup u '
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