ii4 HISTOIRE DE POLYBE,
tems4à, nous instruira des véritables raisons qui ont fait naître entre lesRomains & les Carthaginois cette guerre sanglante qu’ils se font faitedu tems d’Annibal: éclairciíïèment qui donnera aux curieux d’autantplus de satisfaction, que ni les Historiens, ni même les deux partis op-posez , ne sont d’accord sur ce point.
OBSERVATIONS
Sur la guerre d'Eryce.
§- r-
Oue la plupart des hommes ne jugent du mérite des guerres qu'autant qu'elles font gros-sesse les armées de part & d'autre puisantes en appareil & en nombre d'hommes.
I L saut être connoisseur pour juger sainement & solidement du mérite des guerresque rapportent les Historiens tant anciens que modernes. Je connois très-peu de gensqui en soient capables, & dont le goût ne soit de travers fur ce point. Le plus grandnombre de ceux du métier, pour ne pas dire presque tous, qui lisent les uns & les au-tres , ne sont cas que des groflses guerres, que des guerres de grand appareil. Ils ne Rac-commodent pas des petites, elles ne remplissent pas assez leur imagination & leur curio-sité , quoique nous íòions très-convaincus qu’il j a beaucoup plus de profit à faire , &plus de moiens de s’instruire & de parvenir au grand de la guerre dans celles-ci, quedans les autres : au moins c’est où l’on connoît plus particulièrement & plus sûrementce que valent les hommes.
Ce que je trouve de bien surprenant, c’est que tout se réduit au petit dans la déci-sion des batailles entre deux grandes armées, parce qu’il se trouve aísez rarement desplaines capables de contenir de si prodigieuses forces en bataille ; de sorte que dans uneaction, la plus grande partie demeure inutile, pendant que le petit nombre décide dutout dans le terrain qu’il peut remplir de part & d’autre. Si l’on m’objecte que chacundes deux partis combattra fur plusieurs lignes redoublées qui succéderont les unes auXautres dans le combat, c’est supposer une chose qui n’arrive presque jamais, & dont nousn’avons même aucun éxemple dans les Anciens. On peut bien s’imaginer que les Moder-nes ne nous en fourniront pas non plus. Deux lignes peuvent bien se succéder, c’est-à-dire la seconde à la première, qui n’aura pû résister au choc de celle qui lui est oppo-sée. Comme cela s’est vû à la bataille de Lens, c’est un de ces phénomènes militairesqu’il n’appartient qu’au grand Coudé de faire paraître ; car fa première ligne fut totale-ment défaite. Je passe une ligne renversée & battue, & le mal réparé par la seconde;mais une troisième, une quatrième, ou une cinquième qui raccommode tout, & ssstremporte la victoire après la déroute des quatre autres, voilà ce que nous n’avons jamaisvû ni ouï dire. Les Romains nous fournissent quelques éxemples des Hastaires & desPrinces battus, mais non pas totalement ils fe remettent de leur désordre à la vûe desfriaires. Les Modernes ne nous en fournissent aucun, la raison en est évidente: c'estqu’il s’en faut bien que nos loix militaires ne soient aussi parfaites que celles des Romain 5 *C’est tout ce qu'on peut demander de la discipline la plus éxacte, du courage & dp