LIVRE I. CHAP. XIV. Z13
(a) Pendant que les Romains étoient occupez dans une guerre civile quis’étoit élevée entr’eux Sc les Falisques, Sc qui fut bientôt heureusementterminée par la réduction de la ville de ces rebelles, les Carthaginois enavoient aussi une à soutenir fort considérable contre les soldats étran-gers, & contre les Numides Sc les Afriquains, qui étoient entrez dansleur révolte. Après s’être vûs souvent dans de grands périls, ils couru-rent enfin risque non seulement d’être dépouillez de leurs biens, maisencore de périr eux-mêmes, Sc d’être chaísez de leur propre patrie. Ar-rêtons-nous ici un peu, fans cependant nous écarter du dessein que nousnous sommes proposé d’abord de ne rapporter des choses que les prin-cipaux chefs, & en peu de mots. Cette guerre, pour bien des raisons,vaut la peine que nous ne passions pas dessus íì légèrement : par ce quis’y est fait, on apprendra ce que c’étoit que cette guerre, que plusieursHistoriens appellent inexpiable. Nous y verrons quelles mesures Sc quel-les précautions doivent prendre de loin ceux qui se servent de troupesétrangères : elle nous fera comprendre quelle différence on doit mettreentre un mélange confus de nations étrangères Sc barbares, & des trou-pes qui ont eu une éducation honnête, & qui ont été nourries & élévéesdans les moeurs & les coutumes du pais 3 ensin ce qui s’est passe dans ce
tems-
(a) Pendant que les 'Romains étoient occupez, dansune guerre chile qui s’étoit élevée entr’eux fy lesFalisques. j Polybe ne dit que deux mots iur cetteguerre des Faliíques contre les Romains: St plan-te Jà íbn lecteur íàns que je m’en fâche, parcequ’elle n’est pas de son sujet: j’ai été curieux deÛvoir ce que c’étoit, & li elle avoit quelque rap-port à celle des Carthaginois- contre leurs troupesrebelles. II s’en faut bien qu’elle soit il grave ni íilongue, c’est un rien en coniparaiiòn de l'autre.Je la mettrai toute entière dans ces remarques,elle a échapé à l’Abbé de Vertot dans i'es révolu-tions de la République Romaine, elle ne m’écha-P £ ta pas, ni par conséquent à mon lecteur, s’ile ft curieux de Rapprendre. J’en avois lû quelquec hoíè dans Zonaras, je n’en eus pas dit la moitiéh la curiosité ne m'avoit donné envie de coníulterpeinshemius dans iès Supplémens íùr Tite-Live.'1 Me disperse de bien du travail, car sans cela jeÎT1 e fusse trouvé très-embarasse pour en avoir desttouvelles plus circonstanciées, St tout íè trouvedans ce Supplément. Du Ryer me fournit íà ver-fion, je m’en fie à lui.
. Lorsqu’<m em assujetti tout ce qui étoit danslaSi-c }le de la,' domination des Carthaginois, qu’on eutSait la paix avec eux , qu’ilsemblait que toutesc oses fussent non seulement tranquilles, mais ajfu-y J es > il naquit en peu de jours une guerre inopinéeu cote d’ou l’on ia craignait le moins , qui tint tou-e l Italie en inquiétude , par la crainte d’un mouve-,nent intestin, & -?«/' /« remplit ensuite d’ètome-n> ent A il’admiration d'• la voir sitôt terminée,
Falisques, se l/í'/fant emporter par je ne sairaisons ct me jolie témérité, eurent la har-
diesse de prendre les armes, ty de faire la guerre auxRomains. Mais les Consuls aiant été envolez contreeux, terminèrent en jlx jours cette guerre, fy lesreduij.rentfous Ijobéissance. Néanmoins dans la pre-mière bataille, car l’on dit qu’on en donna deux,les gens de pied aiant été les plus forts , rendirent lavictoire douteuse , bien que La cavalerie l’emportátsur eux. Mais l'on combattit la seconde fois fans in-certitude de Vévénement, fy- les Falisques surent con-traints de demander la paix, âpres avoir perdu plusde quinze mille hommes de leurs gens . st^uand ilsse surent rendus , on leur ôta pour punition la moitiéde leurs armes, de leurs chevaux, de leurs meubles,de leurs esclaves fy de leurs terres ; fy la ville , dontla situation fy la force ct quoi ils s’étoient confiez,leur avoit damé tant de hardiesse , fut transportéedans une plaine , des lieux hauts fy escarpez ou elleavoit été bâtie.
Le Peuple Romain eutèxercè plus de rigueur con-tre les vaincus , par la haine qu’il avoit four cetteville, qui s’étoit fi souvent révoltée, fy méditaitmème une rigoureuse vengeance-, maïs il modéra facolère , aiant appris de Papyrius , qui avoit écritle traité de leur reddition par les ordres des Consuls,que les Faliíques s’étoient abandonnez, non pas àla puiilànce, mais à la bonne foi des Romains;fy enfin ce nom de foi eut tant de pouvoir fur les es-prits , qu'on jugea qu’il ne falloit rien ordonner derigoureux contre les vaincus, puìfqu’fds avoient poureux un intercesseur fi vénérable. Cette guerre sutcause que Ion finit cette année par le triomphe desConsuls. Je íòupçonne un peu la durée de cetteguerre, en iix jours-deux batailles St la paix : ce-la est presque incroiable.
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