Xiá HISTOIRE DE POLYBE,
& envelopé par les troupes qui surpassent nos ailes, on assure & on couvre ses flancs parquelque avantage naturel, ou par celui de fart. Alexandre ne craignant rien à fa gauche,ne songea qu’à couvrir sa droite, où l’ennemi pouvoit replier. 11 la fit soutenir d’uneseconde ligne, dont les Chefs avoient ordre, s’ils étoient investis à cette aile, de fàiretête de ce côté-là, & de former une potence ; ce qui ne pouvoit être autrement.
L’Histoire nous fournit un grand nombre de faits très-remarquables contre les admi-rateurs & les partisans des grandes armées, & contre ceux qui ne font jamais aster forts.Quel moien de les guérir de leur erreur, & de les réduire au sentiment le plus raison-nable? Il feroit difficile d’en venir à bout : il leur faut nécessairement des armées toutau moins de cent mille hommes : si le nombre en est plus grand, les guerres leur parais-sent plus recommandables, & les Généraux plus habiles. Dans la même guerre d’Ale-xandre contre Darius, il n’y a rien d’admirable & de surprenant que la puissance d’nuRoi de Perse, & le prodigieux nombre de ses troupes. Cela étonne d’abord, l'on jetteensuite les yeux sur le victorieux, on le regarde comme le plus grand homme du mon-de; on est saisi d’admiration, quoiqu’il n’y ait pas grand sujet. Contre qui a-t-il com-battu? Contre une multitude d’hommes & peu de soldats, & infiniment moins qu’iln’y en avoir dans l’armée Gréque. Ce qui diminue encore la gloire d’Aléxandre, c’estcette prodigieuse facilité qu’il trouva à vaincre ces nations Asiatiques molles & effémi-nées, qui combattraient fans aucun art & fans discipline. Ce qu’il y a encore de plusfâcheux pour fa gloire, c’est qu’il se trouve avoir en tête un Général qui ne fut jamaisl’ombre d’un Capitaine médiocre. Quels embarras ! quels obstacles ! quelle valeur le Greca-t-il à surmonter ? Ces Perses étoient-ils bien dignes d’un Capitaine , & d’une miliceintrépide comme celle qu’il commandoit ? N’eût-elle pas acquis une renommée & unegloire plus incontestable en Occident qu’en Orient? César, dans la bataille qu’il gagnacontre Pharnaces avec une rapidité, qui produisit la lettre fameuse qu’il écrivit à Romeaprès cette victoire , Fini , vidi , vici : César, dis-je, envioit à Pompée, & aux autresGénéraux des armées Romaines, le bonheur d’avoir acquis tant de gloire à si bon mar-ché en Orient. C’étoit bien toute autre chose en Occident. Voilà les Turcs qui fontaujourd’hui la conquête de la Perse, quelle facilité ne rencontrent-ils pas ? Qu’ils vien-nent en Occident, ils trouveront à qui parler avec leurs forces innombrables. Car qu’peut le nombre contre la valeur instruite, contre un plus grand art, & des armes plusavantageuses, qui suppléront au défaut du nombre ?
Selon les partisans des grandes armées , la guerre d’Eryce & celle contre les rebellad’Afrique, dont nous parlerons dans ce premier Livre , font d'une très-petite considé-ration. Celle du Péloponèse est selon eux peu digne de Thucydide, qui nous l’adon-née, quoiqu’elle nous offre des Capitaines, dans Vu n & l’autre parti, d’une intelligen-ce profonde & d’une expérience consommée; mais comme ils commandent de petites ar-mées , & dont les plus sortes vont à peine à vingt mille hommes, ils passent pour très-médiocres dans leur imagination. Que penser de cela ? Un homme ést-il plus Habib,& se rend-il plus digne de notre estime & des cornets de la renommée, parce qu’il mar-che en plus grand appareil & en plus grand équipage? Je sai que les grands sujets , Scles événemens extraordinaires, qui décident des grandes Monarchies, font plus dé-pression, & plaisent beaucoup plus à l’esprit. Cela vient de leur rareté; mais sont-ikde quelque instruction pour les gens de guerre? D’aucune: fans remonter plus haur,on fait les conquêtes de Cyrus, d’Aléxandre le Grand, de Mahomet, de Cinglé 0 ’de Timur-Bec: y a-t-il beaucoup à apprendre ? Quel profit peut-on faire de la con-duite de ces Conquérans ? Ce font pourtant des Conquérans, des torrens impétueu*qui inondent, qui se débordent & qui s’épandent fur toute l’Asie , jusques dans b sIndes, & qui pour le moins valent bien Alexandre, qui surmonte tout sans aucune te-
sistan-