LIVRE I. CHAP. XIV. 217
sistance; au lieu que ces premiers trouvent des hommes en leur chemin, & des hom-mes très-redoutables.
Ces sortes de guerres, ces armées innombrables, & les événemens prodigieux qu’el-les produisent par le bouleversement de plusieurs Monarchies, plaisent & amusent com-me les Romans, & les Romans comme les Histoires de ces fameux Conquérans, instrui-sent peu les gens de guerre. Il y a par tout à apprendre dans les petites guerres, & c’estdans celles-ci uniquement que la science & l'intelligence parodient le plus particulière-ment : il faut même plus de l’une & de l’autre que dans les grandes, dont le nombrefait tout le mérite. On apprend infiniment dans la guerre du Péloponèse, qui saisoittoute Tétude de Charles-Quint, & qu’il lisoit sans cesse. On s'instruit beaucoup plusencore dans les deux de Barcas. Nous trouvons beaucoup plus à profiter dans la guer-re de César contre Afranius , que dans les trois meilleures campagnes d’Alexandre leGrand en Asie : celle du même César auprès de Dyrrachium, ou pour mieux dire,celle qui décida de l’Empire Romain contre Pompée , est encore un très-grand sujetd’admiration. La campagne de M. de Turenne.de 1674. vaut bien une des plus bel-les de César. Celle de l’année suivante, qui sut la derniere de ce grand homme , futson chef-d’œuvre. Elle est comparable à celle d'Afranius. Décidons, fans être trophardi, elle est au-dessus. Car cet Afranius, quoique'fort habile, ne valoir pas Mon-técuculi : celui-ci étoit digne d'être opposé à César, & non pas l’autre. II le fut à M.de Turenne, quelle campagne! Je n'en vois point de si belle dans l’antiquité; il n’y aguéres que les experts dans le métier qui puissent en bien juger. Combien d’obitaclesréciproques à surmonter! Combien de chicanes, de marches & de contre marches, devariations d’armes & de manœuvres profondes & rusées ! C’est en cela seul que l’on re-connoît les grands hommes , & non dans la facilité de vaincre, & dans le prodigieuxnombre de troupes qui combattent des deux cotez.
II y a peu de maximes de l'invention de nos Modernes qui ne clochent dans quel-qu’un de leurs membres. Dieu n’est pas plus pour les gros escadrons contre les petits,que pour les petites armées contre les grandes. II y a mille éxemples de cette vérité ,îc pour le moins autant pour les petites que pour les grandes. Henry le Grand,& M.de Turenne, ont été plus heureux qu’aucun des Modernes ; ils étoient comme inspi-rez , leurs maximes font des oracles. Celui-ci disoit qu’une armée , qui passoit cinquan-te mille hommes, devenoit incommode au Général qui les commandent, & aux soldatsqui la compofoient. Rien n’est plus judicieux & plus vrai que cette maxime. Lessauvais Généraux cherchent toujours à réparer par le nombre le défaut de leur courage& de leur intelligence; ils n’ont jamais assez de troupes,quoique l'ennemi en ait moins.Us épuisent toutes les garnisons d’une frontière, & les vivres tout en même tems, pourS r °mr leurs armées, & gagner l’avantage du nombre, & l’avoir bien au-delà ; ils don-uent envie à l’ennemi d’asséger ces places, & font voir en même tems qu’ils se défientde leur capacité; & s’ils ne font rien avec des forces si supérieures, ils nous font ju-Fer que c’est à bon droit qu’ils fe rendent justice, & que leur hardiesse n’est pas tellequ’ils la vantoient.
. Un Général, qui trouve un tel antagoniste en tête, quoique plus foible, ne doitjarnais l’éviter, & encore moins le ménager ; il en aura raison par le stratagème & par
chicanes qu’il peut lui opposer, car la foiblesse vive & agissante est une efpéce d’ofi-ensive: comme elle cherche à éviter son ennemi, elle trouve toujours des postes quiL j font avantageux & favorables contre la supériorité du nombre. C’étoit le grand prin-Cl P e de Zisca, qui se réservoit toujours la liberté de profiter de l’occasion, oudelafai-re naître, & de n’en fournir áucune à son ennemi.
^uels efforts ne fit-on pas ? quelles prodigieuses forces ne mit-on pas en campagneTo ». 1 . Ee pour