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Tome I.
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jztf HISTOIRE DE POLYBE,

est opposé forme une plaine, on juge alors que c’est un endroit propre pour y dreflêrune batterie ( i o , que l’ennemi n aura garde de laisser en repos, de peur d’en être long-tems incommodé; & que pour s’en délivrer par un bon effort de ce côté-là, l’attaquer& s’en rendre le maître pour séparer les deux aîles des deux autres, il ne pourra faire le

coup que par de l'infanterie (p), soutenue d’autant d’efcadrons (i î) que la petite plai-ne en peut contenir. 11 jugera alors qu'il faut poster de l'infanterie fur cette petite émi-nence, soutenue de la cavalerie ( n) pour opposer des armes semblables.

S’il se présente ensuite des terrains variez & mêlez de petites plaines, de champs clos,de maisons tant d'un côté que de l’autre sur tout le front de l'infanterie, il les observe-nt avec attention. S’il y en a qui lui paraissent difficiles à forcer du côté de l’ennemi,.il jugera bien que l’ennemi s’y postera, qu’il n’abandonnera pas un tel avantage, &qu’il'y aurait trop de témérité à les attaquer. Il doit donc par imagination fortifier ces en-droits moins que les autres, c’est-à-dire qu’il doit les tenir un peu moins garnis d’in-fanterie que ceux qui lui paraissent plus foibles, où il doit approcher ses réserves(13), & observer les emplacemens les plus commodes & les plus avantageux, poury établir des batteries. Si en avançant plus avant jusqu’à la gauche (14), & auruisseau (15) qui la couvre, il voit que le païs est ras & ouvert, & propre pourles manœuvres de cavalerie, il trouvera que la cavalerie est bien placée selon la mé-thode ordinaire, observant pourtant si les bords du ruisseau font bordez de haies SCd’arbres touffus : si les bords de l’autre côté ne font pas garnis comme ceux d’en deçà,il jugera alors que l’ennemi pourrait y loger de l’infànterie, & y établir un feu furieflanc de cette aile, & prendre même des revers; il pensera alors d’enlever cet avantage àl’ennemi, non seulement en proposant de raser & de couper ces haies, ces taillis ou cesarbres, mais de poster de l’infanterie ou des dragons ( 16) fur les flancs des deux aîlesde la cavalerie.

Par ces observations il comprendra bientôt qu’on s’est campé, en bien des endroits,tout au contraire de ce qu’on doit pratiquer selon les régies de la guerre; qu’une partiede la cavalerie, qui fe trouve postée aune aîle, aurait dû être placée au centre, ouvers le centre, & l’infanterie occuper son terrain. C’est la nature des lieux qui doit ré-gler le campement & l’emplacement de chaque arme. On ne peut pas camper par tout ,& dans toutes sortes de situations, selon Tordre ordinaire de bataille ; car lorsqu’on setrouve l’ennemi sur les bras, Ton fe voit obligé de changer tout Tordre, & un tel re-muement d’armes est très-dangereux. On fait tout à la hâte, les corps transportez d’unterrain à un autre sont désorientez, ils ne fe reconnoissent plus, au lieu qu’ils connois-soient leurs premiers postes d’où Ton vient de les retirer.

Un champ de bataille, quelque bon & quelque avantageux qu’il puisse être, perdtout le mérite de fa situation si chaque arme n’est en fa place, c’est-à-dire postée au ter-rain qui lui convient. Les Généraux qui lèvent un peu la tête au-dessus de'ceux ducommun, fe contentent de suivre ces régies, & croient avoir avancé beaucoup: en ef-fet c’est beaucoup; mais ceux qui excellent dans le coup d’œil, quil’ont fin&prompt»vont fort au-delà ; ils s’apperçoivent bientôt, par les observations qu’ils font fur la na-ture des lieux , qu’il faut qu’une arme soit soutenue par l’autre. Mais comme cela doitêtre par tout, & dans toute forte de terrains, nous nous réservons de le démontrerdansle cours de cet ouvrage. Revenons à notre sujet.

Ce feroit peu, & ne faire les choses qu’à demi, que de s’en tenir à ce que je viensoe dire. On doit se retirer dans fa tente, méditer très-profondément fur ce qu’on auraremarqué, T accompagner de réfléxions, former un projet Sc un ordre de bataille selonla nature du terrain. C’est la première journée; on ne s'instruit pas moins à la seconde;monte a cheval pour reconnoître le païs jufqu’aux grandes gardes ; on s’informe des

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