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Tome I.
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LIVRE I. CHAP. XIV. i îs

donc les mesures que l'on prit pour rendre cette grande entreprise des Alliez inutile &fans effet ? Presque aucune de celles qu’on auroit dû prendre : qu’il nous soit permisde lâcher ce mot, pour exciter ceux qui liront ces observations à chercher ces mesures,& à les apprendre à nos neveux : fans cela ceux qui viendront après eux , doivent s’at-tendre à voir , sinon un événement tout semblable , du moins un même dessein d'en-treprendre la conquête de cette Province. Si cela n’arrive dans vingt, dans cinquanteans, il pourra arriver dans un siécle, plutôt ou plus tard. II faut que cela arrive, nouspouvons hardiment hazarder cette prophétie fans passer pour faux Prophète. La raisonde cela n est pas difficile a trouver , dit l'Abbé de St. Réal, c'est qu il e Jl impossible quedes machines qui ont des ressorts semblables ne fe remuent de la même façon. C'est en-core la pensée de Machiavel dans ses Discours politiques. Quelle instruction ceux ,qui dans ce tems-là gouverneront l’Etat , ne trouveront-ils pas ici ? Ils apprendrontce qu’il faudra faire par ce qu’on ne fit pas; 8c si nos ennemis font alors ce qu’ilsauroient dû faire un siécle auparavant, ils nous fourniront les moiens & la conduitequ’il faut observer pour rendre leurs efforts inutiles , & les tourner à leur honte.

J’ai dit plus haut que l’on ne prit aucunes mesures pour la défense de cette Pro-vince menacée ; les Généraux qui y dévoient commander en prirent encore moins ,quoiqu’ils se trouvassent sur les lieux. Leur négligence fur ce point est à peine conce-vable , & c’est une espece de miracle que nos ennemis aient agi si fort de travers danscette entreprise. Je prens ce sujet, comme je l’ai déja dit, pour traiter de la guerremêlée d’offensive & de défensive.

Nous n’avons aucune frontière qui couvre la Provence du côté du Comté de Nice.II n’y a que la rivière du Var , qui n’est pas quelque chose de fort redoutable ; on ytnvoia un grand corps de troupes commandé par Sailli, Lieutenant Général, pouren défendre le passage. A peine les ennemis parurent-ils fur les bords de cette rivière,que ce Général ne la crut pas une assez forte barrière pour y planter le piquet contre unegrande armée , qui pouvoit la traverser à gué, & sur un grand front. Avouons-lefranchement , il faut qu’on eût pris cette rivière pour tout autre qu’elle n’étoit, &qu’on eût encore ignoré que la mer vers son embouchure avoir assez de fond , pourque la flotte des Alliez pût prendre des revers fur les troupes qu’on avoir envoiées pourdéfendre la rivière , quand même elle n’eût pas été guéable par tout. A cette faute lesGénéraux en ajoutèrent encore une autre. Ce fut de ne se pas donner la peine de lamconnoître eux-mêmes. Sailli fut donc obligé de fe retirer au plus vite. Il ne man-flua pas de faire grand bruit de cette nouvelle ; & après la retraite des dix mille de^nophon , il n’en connoissoit point de plus mémorable , quoiqu’il ne fût suivi depersonne. Il eut grand foin d’écrire à la Cour tout le détail de ses manœuvres ; maisbs lettres du Maréchal de fessé, & des Officiers particuliers, lui rabattirent beaucoupfa vanité, & l’on fe moqua à la Cour de cette retraite imaginaire, comme on avoitdéja fait à l’armée. Cependant une lettre que cet Officier Général écrivoit au Mar-quis de Goesbriand, qui couroit en hâte à Toulon avec un grand corps de troupes, &qu’il reçut dans fa marche , eût fait rebrousser tout autre que lui, s’il y eût ajoutéfoi ; car il soi mandoit qu’il n’arriveroit pas à tems pour défendre la ligne qu’on avoitdré de la ville à la montagne , & qu’il avoit les ennemis fur les bras. Le Marquis deGoesbriand ne tint aucun compte de cette missive, il l’envoia au Maréchal de Tessé,& lui mandoit en stile laconique : Je comtois l’homme, & je marche droit à Toulon,Etiré que l’ennemi n’y arrivera pas si-tôt: comptez la-dessus. II pensa juste, & fitf°rt bien d’aller toujours son train: M. de Sailli arriva fans être suivi, l’ennemi étantencore a psos de trois marches de lui ; de sorte qu’on eut le tems de perfectionner la^§ne » & de l’attendre de pied ferme , & de bonne grâce.

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