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Tome I.
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PREFACE.

l/on auroit très-grand tort d’éxiger de moi autre chose que d’écrireen homme qui n’entreprend rien de trop téméraire, & qui croit poste-der aíîèz bien les matières dont il traite, St de les expliquer seulementd’une maniéré claire, íìmple, naturelle St sans bastèíse. II ne s’agitpoint ici de srile, Sc de marcher en grand appareil St avec pompe com-me dans un triomphe de Rhétorique, mais des choses St des pensées;j’ai crû qu’il suffisoit de m’en tenir là , sans négliger pourtant ce quiappartient à l’ëloquence militaire , qui ne souffre rien de bas ni de troprelevé ; autant qu’il dépend de mes forces, j’imite certains arbres quidonnent des fleurs St des fruits tout ensemble. C’est assez que nousaions tant fait que d’y parvenir, St c’est encore ce que les gens de guer-re, comme les autres qui veulent s’instruire , demandent St souhai-tent le plus.

Qu’on ne s’imagine pas que j'imiterai certains Commentateurs qui secontentent de mettre de nouveaux mots, rarement de nouvelles choses,St souvent de celles qui ont été mille fois répétées par différons Au-teurs. II est facile de cultiver les terres qui ont été déja défrichées Sttravaillées par d’autres. J’ai crû devoir les laisser à leurs premiers Maî-tres, St qu’il me seroit plus glorieux de m’ouvrir des passages à traversles forêts les plus obscures, St où personne n’avoit encore pense à pé-nétrer depuis tant de siécles, fans me croire pourtant plus habile St pluséclairé, mais plus hardi St plus patient que les autres, puisque person-ne n’ignore combien la recherche du vrai coûte de peines Sc de foinsdans les endroits où je le cherche inutilement parmi les mines St les dé-bris des tems antiques, je mets en usage mes conjectures > que s’il arri-ve que je me sois trompé en quelques-unes, on ne sauroít le trouver é-trange, puisque je ne les donne que fur ce pied-là. Si des Savans il-lustres St de mes amis ne se sont pas trompez dans le jugement qu’ilsen ont fait, j’ofe espérer qu’il n’y en aura aucune de rebutée. II estVrai que j’attaque en quelques endroits celles de quelques grands hom-mes qui ont traité comme moi l’antiquité militaire, St que je fais voir.leurs erreurs ; mais il faut que l’on considère que ces erreurs ont pro-duit la vérité, Sc que celles où je puis être tombé, auront peut-être lemême avantage , aiant approché en bien. des chofës difficiles au plusprès de la vérité fans la reconnoître St fans saborder. Après tout il nefaut pas que le nom St le titre de Savant nous en imposent > l’on verraqu’ils ont, faute d’expérience, débité bien des choses fausses pour desvéritez.

Je prévois assez, St selon toutes les apparences je ne me trompe point,qu’on trouvera cet Ouvrage un peu trop diffus. II est assez ordinairea ux esprits prétieux St dégoûtez, dit un Savant, de se plaindre de laProlixité des Auteurs * ce défaut dont je puis être accusé, Se dont jem’aecuse, me fait souvenir d’un beau passage de M. Arnaud , qui meP ar °ît digne d’être copié. II est vrai , dit cet homme célébré , qu’a

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