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Tome I.
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XV
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PREFACE. xv

dre, les autres le peuvent par leur crédit auprès du Monarque, ou deses Ministres ; mais ni le Monarque ni les Ministres ne viendront jamaisà bout d’arrêter la plume des Etrangers, ou des Ecrivains désintéreíïèzqui vivront après lui. 11 vaut mieux imiter Trajan. Ce grand Capitai-ne tira un grand avantage des vices de Domitien : car ilavoit fûparfa propre expérience , dit M. de Tillemont, quelle misère c'est que de ™ n e t 'trembler fous un Tyran en danger d?éprouver fa cruauté. II avoìt vil ny.de:combien les méchans T rince s font détestez de tout le monde , & deceux-mêmes qui les rendent méchans T rinces par leurs mauvais con-jm.feils & pur leurs flateries ; ainfì il voioit dans ce qu'il avoit souhaitéou blâme étant particulier , ce qu'il avoit à faire ou à éviter étantEmpereur. Ses bonnes qualitez ét oient d'autant plus agréables , qu'el-les ét oient opposées aux vices de ‘Domitien: aujst n'avoit-il garde detrouver mauvais qu'on blâmât & ‘Domitien & les autres méchansT r me es -, comme il en étoit fi différent , il ne s'intéreffoit nullement àleur défense , sachant bien que tout ce qui fe difoit c ont f eux ne pou-voit retomber fur lui , & que même on n'aime pasajfez les bons quandon ne hait pas les dêrêglemens des méchans. Quand on ne blâme point,dit Pline, un méchant Prince après fa mort, c’est que son successeurlui reíïèmble.

D’ailleurs bien des raisons semblent devoir me rasiurer contre la mau-vaise humeur de ceux à qui certaines véritez peuvent déplaire, & aus-quels la maxime de Tacite, citée plus haut, peut être appliquée. Lesplus éclairez savent mieux que personne combien la science de la guerreest vaste & étendue, combien elle embraslè d’autres connoislànces. Com-bien faut-il avoir de qualitez de la nature, combien d’étude & d’expé-rience, pour être également habile dans toutes ses parties ? Mais quandon n’auroit qu’à se féliciter sur les premières, quand on n’auroit rien àfe reprocher fur les secondes, la vigilance ne s’endort-elie pas quelque-fois? Inattention n’est-elle jamais détournée? Que l’on me nomme unGénéral de l’antiquité, un des plus renommez de nos Modernes, quel-que parfaits qu’ils soient, auíqueîs on ne puisle rien reprocher?

D’ailleurs en prenant quelquefois la liberté de ne pas approuver cer-taines actions militaires, loin d’avoir eu intention de diminuer par là lagloire de leurs Auteurs, je n’ai prétendu que la rehauíîèr : car st je lesavois louées comme celles qui sont véritablement dignes de nos éloges,pu’auroit-on pensé, ou de mon discernement ou de ma sincérité? A ulieu qu’en rendant aux uns & aux autres la justice qui leur est due, letémoignage que je rends en faveur de celles, qui sont conformes auxtégles de la guerre, devient croiable par celui que je porte contre celles^li lui sont contraires.

Si j'avois perverti la vérité pour ne pas déplaire aux uns, & pourfla-ter les autres, j’aurois fait plus de mal que de bien, & passé non seule-uaent p 0 ur un dateur insigne, mais fourni encore des réfléxions mali-gnes