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Tome I.
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XVII
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P R E F A C E. x'vij

Mais quand on auroit assez de moiens, d’efprit inventif 8t de bon-heur pour retrouver ce qui est perdu, pour aller même au-delà 5 si l’onn’est pas le Maître dans un Etat, si l’on n’est pas un Ministre qui gou-verne, ou quelque Grand d’un Roiaume, ou d’une République, qued’obstacles ne trouve-t-on pas en son chemin ? II faudra tenir tête auxfaux préjugez de la coutume, & à chaque pas que l’on fera, essuier lescharges, & paíser fur le corps d’une infinité de gens puiílans & en cré-dit , à qui il est permis de faire & de dire tout ce qui leur vient à lafantaisies P arce c l u ' tls s"imaginent ,dit un Auteur célébré de nos jours,savoir toutes choses , & qu'ils ont de la peine à croire que les gensqui leur font inférieurs aient plus de raison qu'eux : car ils souffrentbien qu'on leur apprenne quelques faits , ils ne souffrent pas volontiersqu'on les instruise des vérité z solides , & qu'il est nécessaire desavoir iils s'emportent lorsqu'on les contredit & qu'on les détrompe.

\Parce qu'on a de coutume de leur applaudir en toutes leurs imagi-nations , pour fausses & pour éloignées du sens commun qu'elles puis-sent être , Ò“ de railler ceux qui ne sont pas de leur sentiment , quoi-qu'ils ne proposent <& ne défendent que des véritez incontestables -, c' estpar cette conduite stateufè de ceux qui les approchent , qu'ilsse con-firment dans leurs erreurs & dans la fausse estime qu'ils ont d'eux-mêmes , & qu'ils se mettent enfin en possession de juger cavalièrementde toutes choses.

La penfée d’Euripide me plaît beaucoup, que les paroles d’un Grandou d’un homme en faveur ont plus de force que si elles étoient alléguéespar un miférable s mais s’il raisonne faux, ce Grand, s’il décide grave-ment fur des choses qui paísent son intelligence , croit-il de bonne foien imposer à tous ceux qui l’écoutent, & qui lui applaudissent basse-ment aux dépens de la vérité ?

C’est une témérité, selon ces Messieurs, de vouloir renverser toutl’ordre de la guerre de ma pure autorité, par une méthode dont aucunmortel, difent-ils, ne s’étoit encore avise : comme s’ils avoient tout lû,tout vû & tout éxaminé, & qu’il ne fut pas permis de penser autrementqu’ils ne pensent íur ces loix & fur ces usages. II s’en faut bien queHous soions de leur avis, & que nous nous soumettions à leurs scnti-mens, lorfqu’ils ne feront pas justes, & qu’ils n’iront pas à un plusgrand bien.

Mais, difent-ils, tous ceux qui ont suivi ces régies, ces loix & cesMaximes, s’en sont toujours bien trouvez. Qui leur a dit cela ? MaisOpposons que cela soit, car c’est une supposition, ne nous sera-t-il pasPermis d’éxaminer si ceux qui ont suivi, & qui suivent encore l’ancien-116 méthode, ne se sont pas en effet trompez ? Ils ont remporté de gran-des victoires, je n’ai garde de le nier; mais cela conclut-il pour la vé-rité Sc la bonté de cette méthode? Puisque le vaincu & le vainqueur°nt oppose également les mêmes principes, l’un pour attaquer, & îau-

Tom. f c tre

MaleKRech.dela Vérité,

Liv. IV.ch. 9.