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Tome I.
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XXXV
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VIE DE TOLYBE. xxx *

appas de ces plaisirs, qu’il étoit regardé dans toute la ville comme un modèle de pudeur& de modération.

De là il fut aisé de le faire passer à la générosité, au noble désintéressement, au belusage des richesses, toutes vertus qu’il porta au suprême dégré. La riche succes-sion qui lui étoit échue par la mort d’Emilie, femme du grand Scipion , dont ilétoit petit fils adoptif, il l’abandonna en entier à fa mère , qui , répudiée par L.Emilius, n’avoit pas de quoi soutenir la splendeur de son rang & de sa naissance.Sans attendre les termes accordez par les loix pour le paiement de ce que l'on devoit à,titre de dot, il fit donner par un banquier tout d’un coup vingt-cinq mille écus auxdeux filles du grand Scipion, qui leur en avoir laissé à fa mort cinquante mille, dont onne leur avoir pàíé que la moitié. Tibérius Gracchus & Scipion Nasica , qui avoientépousé ces deux sœurs, étonnez d’une libéralité, dont on n’avoit pas d’éxemple à Ro-me, furent lui demander à lui-même, s’il étoit bien vrai qu’il eût donné ordre au ban-quier de leur remettre tout à la fois vingt-cinq mille écus; Scipion leur dit qu’il n ’i-gnoroit pas quelle étoit l’indulgence des loix fur ces sortes de paiemens, qu’entre étran-gers il étoit permis d’en profiter ; mais qu’avec des amis & des parens, il faìloit en userplus simplement 8c avec plus de grandeur d’ame. Ce fut dans le même esprit qu’il cé-da à Fabius son frère la part qu’il avoit dans la succession de leur père Lucius Emilius,6c cette part étoit de plus de soixante mille écus.

Ce même frère ne pouvant satisfaire aux frais d’un spectacle de gladiateurs qu’il avoitdonné au peuple à la mort d’Emilius, Scipion donna quinze mille écus pour en acquit-ter du moins k moitié. Après la mort d’Emilie fa mère, quoique ce qu’elle avoit debien vînt de fa pure libéralité, il ne laissa pas de l’abandonner tout à ses sœurs. A ucamp devant Numance, Antiochus Roi de Syrie, lui aiant envoie de magnifiquespré-fens, il ne voulut pas les recevoir en secret, comme avoient coutume de faire les autresCommandans d’armée ; il les reçut du haut de son Tribunal, & commanda au Ques-teur de les coucher sur les registres publics, promettant de les distribuer à tous ceux dela valeur desquels il auroit plus à fe louer.

Pour ce qui regarde la religion de ce tems-là, il faut convenir, à l’honneur de Po-lybe, qu’avec lui, Scipion ne devint pas si dévot, que l’étoit, au moins en apparence,ion aieul le grand Scipion, qui passoit les nuits dans les Temples , & que l’on disoitavoir des communications intimes avec Jupiter. On peut assurer , fans crainte dejuger témérairement, que notre Historien n’avoit nulle foi à ces Divinisez qui a-voient des yeux fans voir, & des oreilles fans entendre. Il cherchoit dans les ré-gies de la prudence, de la politique & de la guerre, les raisons de tous les événe-mens, & soutenoit fans détours, que quiconque avoit recours pour cela aux Dieuxou à la fortune, n’avoit point assez d’efprit pour les découvrir, ou vouloir s’épar-gner la peine de les chercher. Les Divinisez que Lycurgue & Scipion feignoientd’invoquer, & dont ils fe vantoient d’être inspirez, étoient, selon lui, une inven-tion ingénieuse,pour rendre plus souple & plus docile la multitude, à qui ces beauxdehors imposent & font aisément illusion. II croioit en une providence qui dispo-se de tout, & conduit tout à ses fins ; mais pour la fortune, à laquelle alors onrapportait tout , il tranche le mot & dit , fans fe contraindre, que c’est une chi-mère.

Comme rien n’est plus ordinaire aux Grands que de dédaigner ceux qui leur font in-férieurs, & de s’imaginer que tout leur est dû , & qu’ils ne doivent rien à personne ;^olybe ne recommandoit rien tant à son disciple que k modestie, faisabilité & k post-asse , jufqu’à l’exhorter de ne jamais revenir de k place chez lui, qu’il ne f e fstt faitUn ami.

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