VIE DE POLYBE. xxx&e
Romains, après les preuves qu’il en avoir données pendant la guerre qu’ils avoient avecPhilippe & Antiochus; que quelque crcdit qu’il eût parmi les Grecs, tant par lui-mê-me, que par les forces de fa République, jamais il ne s’étoit départi de l’alliance faiteavec les Romains; qu’enfin il avoit eu part auDecret, par lequel les Achéens, avantque les Romains passassent dans la Gréce, s’étoient engagez à déclarer pour eux la guer-re à Antiochus & aux Etoliens, quoiqu’alors tous les peuples de la Gréce ne leur fus-sent rien moins que favorables.
Ce discours fit impression fur les Députez, & confondit l’accusateur. Je ne le croiscependant que spécieux. Philopœmen étoit certainement très-opposé aux Romains. 11n’y a qu’à voir ce passage de Plutarque pour en être convaincu. „ Après que les Ro- klàrcà.j, mains eurent défait Antiochus, dit cet Auteur dans M. Dacier, ils s’appliquérent míhllo P‘„ tout de bon à pousser leurs affaires du côté de la Gréce, & avec toutes leurs forces Viíìe e '„ ils tenoient déja les Achéens comme envelopez. Ils avoient même un puissant parti íybVn",, dans toutes les villes, par le moien des Orateurs & des Gouverneurs du peuple qu’ils p. 1440.„ avoient gagnez. De forte que par la faveur & par la protection des Dieux, leur puis->, sance, qui alloit toujours croissant, étoit déja parvenue au faite de la grandeur, où„ leur fortune devoit s’élever. Philopœmen, attentif! toutes leurs démarches, faisoit„ comme un bon pilote qui combat contre les vagues & les vents ; tantôt forcé par les, tems il cédois en quelque chose, & se laissoit entraîner; & tantôt se roidissant il ré-„ sistoit de toutes ses forces, & n’oublioit rien pour porter ceux qui avoient le plus„ d’autorité ou d’éloquence à embrasser le parti de la liberté. Un jour même qu’Ariss„ téne avoit dit en plein Conseil, qu’il étoit d’avis que les Achéens ne dévoient s’op-,, poser en rien aux Romains, ni se montrer ingrats envers eux : Philopœmen ne dit3, rien d’abord, quoiqu’il supportât ce discours avec peine; mais enfin voiant qu’ilcon-3, tinuoit, & n’étant plus maître de fa colère, il lui dit tout haut: Eh, mon ami,pourquoi as-tu tant d'impatience de voir la malheureuse fin des Grecs.
Mais soit que les Députez ne fussent pas bien instruits de T Histoire de Philopœmen,soit qu’ils fussent assez équitables pour reconnoître qu’il étoit naturel que Philopœmenfût contraire à l’ambition démesurée des Romains, soit enfin qu’ils voulussent gratifierPolybe, ou par égard pour son mérite, ou en considération de Scipion; ils décidèrentque l’on ne toucheroit point aux statues de Philopœmen, en quelques villes qu’elles íètrouvassent. Polybe profitant de la bonne volonté de Mummius, lui demanda encoreles statues d’Aratus & d’Achée, & elles lui furent accordées, quoiqu’elles eussent déjaété transportées du Péloponèse dans PAcarnanie. Les Achéens furent si charmez du zélé Po ssh.que Polybe avoit fait paroítre en cette occasion pour P honneur des grands hommes de p 1484son pais, qu’ils lui érigèrent à lui-même une statue de marbre.
Dans le même tems il donna une preuve de son désintéressement, qui lui fit autanttl’honneur parmi ses Citoiens, que son Apologie de Philopœmen. Diœus, Général desAchéens, étoit un de ces furieux qui par P insulte qu’ils avoient faite à Corinthe auxDéputez Romains, avoient porté le coup mortel à leur République. Corinthe réduitetn cendres, & tout le Péloponèse conquis, on pensa à punir les auteurs de P insulte, &l'on mit leurs biens à l’encan. Lorsqu’on en vint à ceux de Diœus, qui après avoir é-gorgé fa femme, de peur qu’elle ne tombât en la puissance des Romains, s’étoit empoi -sonné lui-même, les dix Députez ordonnèrent au Questeur, qui lesmettoit en vente,Id.ibûLde laisser prendre à Polybe parmi ces biens tout ce qu’il y trouveroit à fa bienséance,sans rien éxiger de lui & fans en rien recevoir. Mais non seulement il ne voulut rienaccepter, il exhorta encore ses amis de ne rien souhaiter de ce qui avoit appartenu à ceGénéral, & tous ceux qui suivirent son avis furent extrêmement louez. Cette actionfit concevoir aux Députez une si grande estime pour Polybe, qu’en sortant de la Gré-