Ix TRAITE 1
la Colonne eít dans l’action. II ne s’agit pas de tirailler , mais d’en venir d’abord auxcoups d’armes blanches, & de joindre l'ennemi, & alors le feu n’a plus lieu, & il n’yen a aucun à essuier : d’ailleursà proportion du quarré plein de 3 600 hommes, contre uneColonne de 1200, il faut qu’on avoue que le feu de ma Colonne est infiniment plus grand ;car cette Colonne n’attaque qu’un des cotez du quarré, les trois autres ne voient rien de ce quise passe au côté attaqué ; on n’en a donc rien à craindre, & cependant ies deux faces F de laColonne voient tout le côté du quarré fur lequel elle tombe , & par là on ne peut dis-convenir que le feu de ce corps ne soit supérieur à celui du côté attaqué.
Outre les avantages que j’ai alléguez plus haut, il n’y a pas un seul homme d’inutile,soit pour le choc , soit pour le feu , soit pour la légéreté de ses mouvemens. Si laColonne tombe de tout son poids fur un des angles du quarré, elle l’emportera & lefera sauter hors ; que si cet angle est enlevé, comme en effet il ne fçauroit résister contrele choc de cette espèce de bélier , elle le pénétrera le mettra en désordre & en con-fusion ; que si ce quarré est à centre vuide , car nous ne pratiquons que celui-là ,encore fur quatre ou cinq de hauteur , il ne tiendra pas un instant , & le mal est fansremède. Que si l’on m’allégue l’éxemple quadrangulaire de toute notre infanterie ,après que les Alliez eurent forcé nos lignes en Flandres en 1708, j’ai la réponse touteprête ; c’est que les ennemis le respectèrent, & n’eurent pas le courage de l’attaquer, &c’est en avoir bien peu que de ne savoir pas fait. Par mon principe , le foible , maistrès-foible, battra le fort fans difficulté car pour peu qu’on soit au fait de ma Colonne,cela se comprend assez.
Je demande si Crassus fit le trait d’un Général bien sensé dans la guerre contre lesParthes ; il leur alla au-devant dans une plaine rase & pelée , à la tête d’une armée for-midable. II avoit sept légions, 4000. chevaux, & autant d’infanterie légère. Quefait-ìl pour se faire battre ? Plutarque nous Rapprendra ; il nous donne Tordre & ladistribution de chaque arme de Tannée Romaine , & nous fait voir clairement Tigno-rance de Crassus. f.'Auteur semble pourtant admirer cette ordonnance , mais à deuxpas de là il en fait voir Tabsurde, fans y prendre garde: II fit un corps de bataille quarté ,dit-il, qui faifoit face de tous cotez ,, ô" dont chacun des cotez, préfientoit douze cohortes.Chaque cohorte avoit prés d'elle une compagnie de chevaux , afin que chaque partie dece bataillon put être soutenue a propos par la cavalerie , que tout ce corps en étantégalement remparé , chargeât avec plus de sûreté & d’audace.
Un homme qui ne fera pas du métier, s'imaginera que cet ordre est la plus bellechose du monde , Sc c’est pourtant la plus grande ignorance qui soit jamais tombéedans T esprit d’un Général d’armée : car par cette disposition insensée,. Crassus trouvale secret de rendre inutiles les deux tiers de son infanterie. En effet peu s’èn falloitque cet ordre de bataille quadrangulaire ne fût à centre plein : quand même il eût étéplus vaste » T ennemi ne s’en fût pas moins moqué , & ne Teût pas moins envelopé &détruit par ses seuls archers à cheval , comme cela arriva : car carracolant & T environ-nant de tous cotez , fans le joindre , il Taccabla d’un orage de flèches de sorte quece quarré ridicule & immobile se trouva en butte aux traits redoutables dès Parthes ,fans pouvoir avancer ni reculer. C’est ainsi que cette armée , composée de T élite desforces Romaines, fut totalement détruite & anéantie par un nombre d’archers infinimentinférieurs » c’est-à-dire par la moindre partie de Tarmée des Parthes.
Si Ton m’objecte que les peuples de T Asie & les Egyptiens, peut-être avant eux ,ont souvent combattu par gros bataillons pleins & quadrangulaires à leur infanterie,séparez par intervalles de Tun à l’autre , comme cela fe voit dans la bataille de CyruScontre Crésus , & dans celle de Cunaxa entre Cyrus le jeune & Artaxerxès, qui f e
tangea par corps quadrangulaires à droite de fa cavalerie. Cela ne conclut pourtant p 3S
à