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Tome I.
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LXI
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DE LA COLONNE. lxj

à Tavantage de cette façon de combattre ; ni Crésus, ni Artaxerxès ne forment pointune autorité respectable. On voit dans l’ordre de bataille du premier contre Cyrus, quatregrands corps quarrez d’Egyptiens auxiliaires de dix mille piquiers chacun ; mais Cyrus,qui connut le foible de cette évolution , n’en tint aucun compte , il les attaqua & envint à bout. Si ces gens-là eussent formé une phalange alignée à celle de Crésus, Cyrusfe fût trouvé très-embarrassé , malgré T excellence de son ordre de bataille , qui est audessus de tout ce qu’on peut imaginerde profond dans la tactique.

CHAPITRE IV.

Huit bataillons ^rangez en Colonne ^résister ont à une force quadruple ,ils seront même en état de l'attaquer. ‘Preuves de cette proposition.

Q Uoique ce que je viens de dire dans le Chapitre précédent fufíìfe de reste pourdémontrer la foiblesse de Tordre quarté, je n’en demeurerai pourtant pas là : ilnous importe trop de le suivre & de le harcelîer lans cesse , parce qu’il y a un nombred’Officiers d’infanterie qui le soutiennent de toutes leurs forces, ainsi que nos bataillons,selon la méthode dont nous les rangeons & les faisons combattre, ce qu’on ne peut fairequ’en opposant tous ces corps , grands ou petits, à mon principe des Colonnes ; jem’assûre que si je ne renverse pas absolument le préjugé de la coutume, j’y porterai unetelle secousse , que le plus grand nombre se convertira & reconnoîtra son erreur.

Supposons une armée ou un très-grand corps de troupes battu, dissipé , & mis à ladébandade. Supposons encore qu’il se trouve trois ou quatre mille hommes parmi cesfuiards qui ne soient pas d’humëur à se rendre , qu’ils se rallient , qu’ils s’ameutent ,& que pour se retirer en gens de bien & plus sûrement, ils forment un gros bataillonquarté à centre vuide , que le victorieux soit à leurs trousses , voilà en peu de tems lepauvre bataillon quarré environné de toutes parts, voilà des gens fort mal à leur aise.S’ils marchent, c’est avec une extrême lenteur ; car s’ils vont au-delà du pas grave, ilsrompent leur ordre , cela ne peut être autrement ; & si T ennemi qui le fuit & qui leharcelle s’en apperçoit, il ne manquera pas d’en profiter ; s’il ne le juge pas à pro-pos , parce qu’un peu de halte remet tout dans un terrain favorable , il leur fera essuierUne grêle de coups de fusils. Il est vrai qu’on leur répondra ; mais qu’est-ce qu’unfeu de marche dans un quarté d’hommes? Très-peu de chose : que faire? que devenir,s’il n’y a pas moien de se retirer par un bon effort puisque cette évolution n’eílpas propre pour le choc. Il faut donc se rendre.

Je suppose que T ennemi ignorant le défaut & la foiblesse infinie de ce corps rangéde la sorte , respecte sa figure parfaite , & n’ose saborder la baionette au bout dufusil, ou par le choc de sa cavalerie , qui peut beaucoup contre un corps d’infan-terie dénué de la seule arme qui peut rendre ce choc inutile & fans effet; si T ennemi,dis-je , n’ose l’affronter, il ne le suivra pas longtems qu’il ne le voie bientôt obligéà des haltes incommodes & fréquentes , par la bizarrerie du terrain qui ne lui serapas favorable ; ne faut-il pas songer alors à marcher d’une autre façon ? Quelle figureprendre pour s’empêcher d'être attaqué ? Il n’y a rien de meilleur , dira-t-on , qusTordre quadrangulaire dans une retraite ; mais s’il faut T abandonner par les obstaclesstue se païs offre, comment faire , puisque tout ce que nous sçavons ne vaut rien ?

h U j Nous