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Tome I.
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ìxxx TRAITE

un feu prodigieux & continuel de canon & de coups de fusils, d’autant plus meurtrierque les corps qui fe passent ainsi réciproquement par les armes combattent fur un grandfront, qui cause en peu de tems la perte d’une infinité de monde; car si tous les sol-dats étoient auffi-bien exercezì tirer que des Flibustiers, je pose en fait qu’en deux heu-res de tems la perte de tous termineroit la journée,. ou du moins ceux qui seroient lesmeilleurs tireurs remporteraient la victoire, parce que la perte des autres les obligeraità quitter partie. N’est-ce pas là à peu près la méthode insensée que nous suivons au-jourd’hui dans tous nos combats? Car cette baionette si redoutable nel’estqu’auxyeux,& je ne vois pas qu’on la mette jamais en usage, ou sort rarement, puisque la pratiquede nos pères d’aller à f ennemi & de le joindre nous est aujourd’hui interdite, & que nosGénéraux ne la veulent point. Il nous suffit de combattre de loin, & sans aborder :c’est pourtant cet abord qui convient le mieux au caractère d’une nation active, violen-te & fougueuse comme la Françoise, dont tout l’avantage consiste dans fa première ar-deur ; & dès qu’on prétend la retenir par une prudence mal entendue, & qu’on ne luilaisse pas son libre cours, c’est une vraie poltronnerie, c’est tromper les soldats & leurcouper les bras & les jambes. Avons-nous fait autre chose pendant tout le cours de ladernière guçrre?

Il n’en est pas ainsi de ma manière de combattre & de sc ranger, je laisse là le feu,& je n’en tiens aucun compte. Je connois l’humeur & le caractère de la nation, & jela fais agir & combattre selon ce caractère, je ne la trompe point. Si je fournis des ar-mes à nos ennemis par mes principes, comme on le prétend, j’en fournis de plus fortesà ma nation, parce que rien ne résiste à son impétuosité & à fa première ardeur, & quema méthode lui convient beaucoup mieux qu’aux autres nations plus flegmatiques &moins ardentes, qui combattent pourtant avec plus davantage avec leurs bataillons min-ces contre les nôtres qui ne sont pas plus épais, parce qu elles font plus exercees à tirerque nous ne le sommes, & que nous négligeons d’en venir aux mains, qui est ce quenous avons de plus redoutable. Ce n’est pas peu que de leur enlever l’avantage qu’ilsont dans leur feu, & particulièrement les Hollandois, en suivant la méthode que jepropose, & l’on va voir que je ne leur enlève pas seulement ce rempart, mais encoretous leurs avantages.

l°. Parce que je marche droit ì eux pour les joindre & les aborder, & que leur feune dure qu’autant de tems qu’il m’en faut pour arriver fur ces tirailleurs par pelotons.Ils seront une décharge d’un peu loin, j’y consens; ils en feront une seconde, je l’ac-corde mais n’en attendez pas une troisième, je serai fur eux, & leur feu n’a plus lieudès l’instant même qu’on est fur eux ; je perds donc beaucoup moins de monde que sij’essuiois leurs feux fans les joindre, & si je marchois à eux selon la coutume, & nonselon la mienne.

2 °. Parce que mes corps étant rangez fur une moindre étendue, & fur plus de hau-teur , sont moins en prise au feu de l’ennemi, & ceux qui y seroient exposez en com-battant selon la coutume ordinaire, s’en trouvent à l’abri, à cause que mes bataillons ontbeaucoup moins de front & plus de hauteur ; & quant à mes Colonnes, elles sc trou-vent beaucoup moins exposées, par la raison qu’elles combattent fur un très-petit front,& fur une très-grande profondeur.

3°. Parce que mes manœuvres font plus dégagées, plus simples & plus promptes,que je sois auffi-tôt fur l’ennemi, & que j'ôte le flottement des corps, & ce flottementest la chose du monde la plus dangereuse, & qu’on ne sçauroit éviter dans ceux quicombattent sor trois ou quatre de file.

4°. Parce que me trouvant en très-peu d’espace sur l’ennemi, la pesanteur du choc demes bataillons est telle que les autres ne figuraient jamais y résister ; & comme il suffit

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