Band 
Tome IV.
Seite
V
JPEG-Download
 

V

T R E F A C E.

[E quatrième Volume de mon Commentaire ne renfermeque le troisième Livre de mon Auteur. H a eu le soinde nous avertir que les deux précédens ne fervent qued’Introduction aux autres. Oeil donc id le commen-cement de fa grande Histoire , comme il l’appelle lui-même, & qu’iì avoit divisée en quarante Livres. S’ilen faut juger par les cinq premiers qui nous restent enentier, Sc qui ont échapé aux malheurs des tems,il ne paroît pas qu’el-le renfermât un fort grand nombre de Volumes. Rien ne le démontredavantage que ce troisième Livre, qui fait l'ouverture de la guerre d’An-nibal, jusqu'à la bataille de Cannes , qui le termine. 11 est si remplid’événemens extraordinaires, de marches , de manœuvres surprenantesSc profondes, de combats, de batailles, Sc de tout ce que la guerre peutfournir de grand, de beau Sc de capable d’arrêter l’eíprit & l'attentiondes Lecteurs, Sc toutes ces choses font décrites avec tant d’art &d’exac-titude , qu’on peut regarder ce troisième Livre de Folybe comme lechef-d’œuvre & le plus beau morceau d’Histoire qui íoit sorti de la plu-me d’aucun Ecrivain de l’antiquité. 11 ne falloit rien moins qu’un Guer-rier d’une expérience consommée dans le métier des armes, Sc un excel-lent génie comme le sien, pour bien démêler cette guerre , Sc assignerles causes véritables des divers événemens qu’il décrit, & de la gloiredu Général de Carthage.

L’Histoire ancienne St moderne ne nous offre rien qui égale une en-treprise aussi surprenante Sc aussi hardie que celle de ce grand Capitaine.Sa marche du fond de l’Efpagne jusqu’au Rhône, le passage de ce fleu-ve , défendu par une puissante armée , les Alpes traversées malgré lesefforts de tant de peuples qui s’opposent à fa marche , Sc son entrée dansl’Italie à la tête d’une armée, dont la plus grande partie avoit péri dansla route,saisissent d’étonnement & d’admiration. II a la hardiesse d’al-ler attaquer une République aussi formidable que celle de Rome, de bat-tre par tout íès nombreuses armées > ces légions si aguerries &: si redou-tables à Carthage elle-même, lui cèdent la gloire désarmés par leurs dé-faites continuelles en Italie. II s’ouvre l’entrée de ce païs par la défaitede la cavalerie Romaine auprès du Tésin, qu’il passé fans nul obstacle :le Pô, qui fembloit devoir r arrêter, ne fait aucune résistance: trois ba-tailles complettes '& décisives, la Trébie, Thraíyméne Sc Cannes, ré-duisent les Romains aux dernières extrémitez. La dernière, qui mit lecomble à leur misère, acquit autant de gloire à Annibal que de hontefa nonchalance à profiter de la victoire du monde la plus grande**plus complette, dont l’Histoire faste mention. Cette faute,àpei-

* 3 ne