vj PREFACE.
ne concevable dans un si grand homme,défigura étrangement fa réputa-tion , & fit le salut d’une République réduite à sa Capitale , où il n’yavoit qu’à marcher pour s’en rendre le maître, avant qu’elle eût pû re-venir d’une sccoustè si furieuse Sc si accablante. Pour ne savoir passait,Rome a le tems de se reconnoître, Sc le victorieux nonchalant la trouveaussi forte Sc aussi puissante que jamais lorfqu’il fut question d’entreren campagne.
Ces événemens font le sujet du troisième Livre de Polybe , quin’cst guéres plus gros que les précédens , Sc je m’étonne qu’il aitpû renfermer en si peu d’espace des actions Sc des événemens si mé-morables : encore s’engage-t-il dans le détail des affaires d’Espagne,6c d’une victoire navale que Scipion remporta dans l’embouchure del’Ebre. Mais comme cet irréprochable témoin de ce qu’il a vû ouappris de gens dignes de foi , qui fe font trouvez dans les guer-res dont il parle , Sc qui vivoient encore dans le tems même qu’ilécrivoit íòn Histoire , est infiniment plus digne de foi qu’aucunde ceux qui ont écrit plusieurs siécles après lui , Sc que les Histo-riens militaires , qui veulent écrire des grandes révolutions Sc dessuccès bons ou mauvais des guerres de leur tems , consultent or-dinairement les gens du métier plus que les autres , qui n’en ontpas été les témoins, il ne faut pas être surpris s’ils s’étendent beaucoupplus fur la description des sièges , des marches Sc des combats, que furles affaires politiques qui ne íònt pas liées à celles de la guerre, ils glis-sent légèrement sur celles-ci. Polybe ne s’est pas tant attaché à ces der-nières qu’aux autres, marque qu’il a rempli parfaitement son dessein. IIest le seul qui nous en ait le plus appris. Bien que les Romains fus-sent grands Politiques , & des Maîtres dans cet art , on ne re-
marque pas que leurs Historiens le soient autant que leurs admira-teurs le prétendent , si l’on en excepte Tacite , qui n’a écrit queque vers le tems de leur décadence. Si les admirateurs de cet His-torien , où les hommes d’Etat y trouvent , dit-on , des leçonsSc des préceptes pour bien gouverner , moins prévenus pour le Ro-main , étudioient le Grec avec la même attention que l’autre, quia fait fortune en fait de politique , comme les Commentaires de
César à l’égard de la guerre , ils tiendroient un autre langage.
Je ne vois pas qu’il y ait un si grand sujet de sc récrier si fortsur la sublimité Sc la grandeur des mistérés que l’Historien politique6c le Vainqueur des Gaules nous débitent chacun dans son orbe.Tacite a fait une Histoire, où il n’applique aucun précepte de po-litique fur les choses qui scmbîoient devoir I’engager à donner car-rière à ses talens pour l’instruction des hommes d’Etat ; au lieu quePolybe, homme d’Etat lui-même, Sc excellent homme de guerre, entredans un récit exact Sc fidèle de tout ce qui se ménage dans les Assem-blées du Sénat de Rome, de Carthage Sc des autres Républiques, pé-nétre