PREFACE. ix
d’Annibal à Zama. Ce que celui-ci n’avoit pû faire par tant de victoi-res remportées en Italie, Scipion plus habile le fait en Afrique. CetteCarthage, íi puislànte Sc si redoutable à toute la terre, est renversée enun seul jour, Se fait voir évidemment qu’une Puislance, quelque formi-dable qu’elle puiíïè être, peut être aisément renveríëe par une plus foi-ble, si celle-ci est attentive- à profiter des coups décisifs fans perdre au-cun tems, St si elle fait une diversion hardie, bien concertée , & quiporte dans Tendrait le plus sensible d’un Etat.
Voilà en peu de mots ce qu’il m’importoit de dire avant que de ren-dre compte à mes Lecteurs des matières que je traite dans ce quatrièmeVolume. Elies font d’autant plus intéressantes Sc plus instructives auxgens de guerre & à toute forte de gens, que les événemens qui ouvrentla scène de la seconde guerre Punique sont tout ce qu’il y a de plus grand8c de plus illustre dans THistoire Romaine. Mais en vain chercherions-nous ce grand St ce beau dans la conduite Sc les actions des Romainsdepuis le commencement de cette guerre jusqu’à la bataille de Cannes,qui termine ce troisième Livre de mon Auteur, je n’y vois rien que defort médiocre; au lieu que tout est admirable dans Annibal. Que peut-on imaginer de plus grand Se de plus hardi ? Je ne dis pas que d’atta-quer une Puissance aussi formidable que celle de Rome : il n’y a rien làde fort merveilleux ; les Etoliens , qui ne poíTédoient qu'un petit coinde la Gréce, osèrent bien lui faire la guerre après Thumiliarion de Car-thage 8c la conquête de la Macédoine ; mais que de penser que Romene pouvoit être vaincue que par ses revers , c’est-à-dire en entrantdans le cœur de T Italie par les Alpes, à Texemple des Gaulois, qui Ta-voient plusieurs fois inondée de leurs forces , Sc percé jusqu’à Rome.Que ce grand homme ait formé íòn projet sur cette pensée , loin quepour cela il doive être regardé comme imprudent Sc téméraire, ce projetau contraire est très-sage Sc digne d’un grand Capitaine , qui n’entre-prend rien que selon les réglés de la prudence. Les Gaulois Tavoientencore fait tout récemment ; Sc s’ils l’ont fait fans presque nul obstacleavec des Capitaines médiocres Sc des troupes fans discipline Sc très-malarmées, que ne devoir il pas attendre de son habileté, de son esprit éga-lement grand St porté aux entreprises les plus difficiles , Sc du couraged’une armée aguerrie, dreílee Sc formée de fa main, Sc pleine de cetteconfiance qui ne s’épouvante de rien ? Car il n’y a d’extraordinaire Scd’insurmontable en apparence dans une si grande entreprise, que sa mar-che depuis Sagonte au travers de tant de nations belliqueuses jusqu’auRhône, ce qui n’est pas fort surprenant, lorsqu’elles nous livrent lepassage en vertu des alliances contractées avec elles , Sc même au-delàdu Rhône jusqu’aux peuples voisins des Alpes. Voilà le sujet de cettemarche célébré de l’armée Carthaginoise jusqu’au Rhône , où elle létrouva arrêtée par les Gaulois, sujets ouaíliezde ceux de Marseille. Lepassage de ce fleuve, un des plus mémorables de T antiquité , est décritTome IV. * * avec