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Tome IV.
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L I V R. E m. c H A P. II. B

itóient 8c animoient sans raison toutes les villes, les parcourant avecAntioehus l’une après l’autre. Et enfin le commencement fut la descen-te d’Antiochus à Démétriade.

Je me fuis arrêté longtems fur cette distinction, non que j’euíse envue de censurer les Historiens ; mais parce que l’instructnon des Lec-teurs le demandoit. Car de quelle utilité est pour les malades un Mé-decin qui ne sçait pas les causes des maladies ? Que peut-on attendred’un Ministre d’Etat, qui ne connoît ni la raiíòn ni l’origine des affai-res qui arrivent dans un Roiaume ? Comme il n’y a pas d’apparenceque le premier donne jamais des remèdes convenables, il n’est pas nonplus possible que l’autre, fans la connoiííànce de ce que nous venons dedire , prenne prudemment un parti. C’est pour cela qu’on ne doit rienrechercher avec tant de soin que les causes des événemens. Car sou-vent une bagatelle, un rien donne lieu à des affaires très-confiderables,

& en toute matière on ne remédie à arien plus aisément qu’aux premiersmouvemens 8c aux premières pensées.

Selon Fabius, Historien Romain , ce fut l’avarice 8c l’ambition dé-mesurée d’Asdrubal , jointes à l’injure faite aux Sagontins , qui furent Fabius,la cause de la seconde guerre Punique. II dit que ce Général s’étant acquisune domination fort étendue en Espagne , se mit en tete , à son retourdans l’ Afrique , d’abolir les loix de là République , & de l’ériger en

Monarchie ; que les principaux Magistrats, s’étant apperçûs de son des-sein , s’y étoient unanimement opposez r qu’ Asdrubal alors sortit d’Afri-que, 8c que de retour en Espagne, il la gouverna à sa fantaisie, sansaucun égard pour le Sénat de Carthage ; qu’Annibal, qui dès l’enfanceétoit entré dans les vues de son oncle, 8c avoir tâché de les suivre, gar-da la même conduite que lui, quand on lui eut confié le gouvernementde l’Espagne ; que ce fut pour se conformer à ces vues d’Asdrubal qu’ilfit la guerre aux Romains malgré les Carthaginois, dont il n’y eut pasun seul, du moins entre les plus distinguez , qui approuvât ce qu’An-nibal avoir fait à l’égard de Sagonte. Il ajoute, qu’après la prise de cet-te ville, les Romains vinrent en Afrique, dans le dessein ou de se fairelivrer Annibal , ou de déclarer la guerre aux Carthaginois.

Mais que l'on demande à cet Historien, pourquoi, suppose que l’en-treprise d’Annibal eût déplu aux Carthaginois, cette République n’a passaisi une occasion si favorable de se délivrer de la guerre qui la menaçoit:que pouvoient faire les Carthaginois de plus juste 8c de plus avantageux,que de se rendre à ce que les Romains demandoient d’eux ? En aban-donnant l’Auteur des injustices faites aux Sagontins, ils se seroient dé-faits par les Romains de l’ennemi commun de leur Etat, ils auroientaffiré la tranquillité à leur patrie, ils auroient étouffé le feu de la guer-re > 8c pour se venger il ne leur en auroit coûté qu’un Sénatusconsolte :qae l’on fasse, dis-je, cette question à notre Historien, il est clair qu’iln à répondre: puisque les Carthaginois ont été si éloignez d'a-

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