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Tome IV.
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z <5 HISTOIRE DE POLYBE,

se rendre en Afrique. Celui-ci s’y prie d’abord avec tant d’impétuosité,fit des préparatifs si formidables à Lilybée, assembla de tous cotez destroupes si nombreuses, qu’on eût dit qu’en débarquant il vouloit met-tre

plus de grandeur d’ame » plus d habileté 8c dehardiesse dans celle de ce dernier que dans celledes Romains.

Je répondrai à cela que la guerre d’Annibal aquelque chose de plus éclatant par raport à laPuisiance que ce Général attaque, 8c à l’idée a-vantageuse que nous nous ■ formons des Ro-mains : au lieu qu’Agathocles n’étoit qu’un petitRoi de Syracuse , 8c cependant ce petit Roiréduit à /'extrémité 8c à íà seule ville capi-tale , assiégée par les Carthaginois, a le couraged’en sertir 8c de s’embarquer pour aller atta-quer ses ennemis dans leur propre pais à la têted’une petite armée , 8c oblige les Carthaginoisd’abandonner la Sicile pour courir au plus pres-se. Je demande si cette diversion du Roi deSyracuse n’eít pas infiniment plus admirable quecelle des Romains. Cependant celle de ces der-niers n’est pas celle qui sauva Rome , qui déli-vra l’Italie , & qui obligea les Carthaginois derappeller Annibal. 31 paroît par cette premièrediversion que les Romains manquoient de bonsGénéraux. On s’en apperçoit assez, par lal mau-vaise conduite 8c le peu de hardiesse de Tibé-rius , qui avoir aise z. de troupes pour faire uncoup d’éclat en Afrique, comme fit Agathoclesavec des forces 8c une flotte beaucoup moins re-doutables, 8c fans aucune autre reflòurce: car sice dernier eût été battu , il n’avoit plus alorsrien à perdre.

Je m’étonne que cette diversion des Romainsait été réduite à rien. Polybe dit que Tibériussot inceslàmment rappelle d'Astique , lorsque leSénat fut informé qu’Annibal étoit déja entre dansl’Italie. A l’égard de PEspagne, les Carthaginoiss’y étoient si bien précautionnez , qu’ils ne bé-tonnèrent point de la descente des Romains dansce païs-là. Ils y avoient un grand nombre deplaces fortes 8c de bonnes alliances, de forte qu’ilfallut toute l’habileté d’un grand Capitaine pourréussir dans cette guerre, 8c un grand nombre de •campagnes considérables pour s’y affermir si for-tement , qu’on pût entreprendre for l’Afrique parUne diversion qui obligeât le Sénat de Carthagede rappeller Annibal. Mais cette diversion ne sefit que vers la fin de la guerre. Pendant tout cerems-là les Carthaginois demeurèrent en repos a1a faveur de leurs armées navales. Dès qu’ilss’apperçûrent que les Romains avoient des desseinsfor l’Afrique , par l’entreprise manquée de Tibé-rius , ou plutôt par son rappel , ils songèrent àaugmenter leurs forces navales, 8c à porter la guer-re dans la Sicile 8c for les côtes de l’Italie.

Les bonnes diversions sont celles qui se fontdès le commencement de la guerre , 8c au mo-ment qu’on s’apperçoic que í'ennemi entre dansnotre pais. Celles qu’on tire d’un coffre fort ne

sont pas moins efficaces. Telle fut celle de Co-nnu dont j’ai déja parlé. Memnon propose à Da-rius toutes les deux ensemble. U avoir très-biendébuté en semant beaucoup d’argent parmi lesGrecs, 8c par là la discorde, afin de faire un par-ti contre Alexandre. 11 prétendent joindre à cetor une bonne armée , qu’il étoit résolu de jettesdans la Macédoine, où il n’eût pas moins trouvéde gens avides de l’or des Perses, 8c capables deformer un puisiant parti. La ruine de Thébes ,8c Poppreíjion des Grecs, n’avoient que trop ai-gri les humeurs. C’étoit le plus sûr expédientque le Roi de Perse pût prendre pour se délivrerd’un ennemi aussi redoutable qu’Alexandre , quiétoit à la tête d'une armée aguerrie, bien disci-plinée, 8c capable de tout oser & de tout entre-prendre.

Agésilas ne se trouva jamais assez puisiant pourles grands desseins. II étoit cependant en état degagner des batailles, quelque inférieur qu’il fût ,8c d’être toujours maître de la campagne ; maisfa foibleíse le diipensoit de s’en assurer par la prisedes places fortes. 11 n’eût sçû comment s’y pren-dre , outre que les Lacédémoniens n’entendoientrien dans cette forte de guerre. II faut une ar-mée nombreuse pour résister contre les ennemisdu dehors comme contre ceux du dedans , senscompter les chicanes qu’on peut rencontrer enIon chemin > où le nombre fait beaucoup, 8c furtout lorsqu’un habile homme s’en mêle. La ré-putation 8c la grande capacité de Memnon n’é-toient pas moins connues des Macédoniens qu’el-les l’étoient des Perses : ç’en étoit assez pour in-spirer à ceux-ci tout le courage 8c la confianceimaginable , & pour les changer en tout autreshommes. Il y parut au paísege du Granique.Cela n’empêchoit pas que Memnon ne s’en défiâtbeaucoup ; 8c qu’il ne fût presque asforé que tou-te leur valeur ne feroit que reboucher contre lesphalanges Macédonienne 8c Gréque. Car lors-u’on délibéra sur le parti qu’on avoir à pren*re, quand Alexandre eût paflé l’Héleípont , ilfut d’avis qu’on brûlât 8c qu’on ruinât toutes lesfrontières, 8c qu’on ne fît qu’un désert de ce beaupaïs, afin que I’ennemi ne pût pas avancer fautede subsistance, 8c d embarquer tout ce qu’on avoirde troupes d’élite pour les transporter dans la Ma-cédoine. Toute la Gréce, jalouse de sa liberté,8c mécontente depuis longtcms , souffroir avecassez d’impatience la domination 8c l’orgueil desMacédoniens ; elle se seroit d’autant plus aisémentdéclarée en faveur des Perses, que Memnon avoitchez elle de grandes intelligences par les grandessommes qu’il y avoit fait passer. 31 avoir déjafait des préparatifs extraordinaires, 8c dressé unegrande flotte pour cette entreprise. De tous îespartis que les Perses pussent jamais prendre , ce-