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Tome IV.
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LIVRE III. CHAP. VIII. 3 7

tre le siège devant Carthage même. Publius rangeant la côte de Ligii-rie, arriva le cinquième jour dans le voisinage de Marseille, & aiant a-bordé à la première embouchure du Rhône, qu’on appelle l’embouchu-re de Marseille, il mit ses troupes à terre. II apprit là qu’Annibal a-voit passe les Pyrénées 5 mais il croioit ce Général encore bien éloigné ,tant à cause des difficultez que les lieux lui dévoient opposer , que dugrand nombre des Gaulois au travers desquels il falloit qu’il marchât.Cependant Annibal, après avoir obtenu des Gaulois, partie par argent,partie par force, tout ce qu’il vouloir, arriva au Rhône avec son armée,aiant à fa droite la mer de Sardaigne. Sur la nouvelle que les ennemiscroient arrivez, Publius, soit que la célérité de cette marche lui parûtincroiable, soit qu’il voulût s’instruire exactement de la vérité de la cho-se, envoia à la découverte trois cens cavaliers des plus braves, & yjoignit, pour les guider & soutenir, les Gaulois qui servoient pour lorsà la solde des Marseillois. Pendant ce tems-là il fit rafraîchir son ar-mée , & il délibérois avec les Tribuns quels postes on devoir occuper ,,ct où il falloit donner bataille aux ennemis.

Annibal arrivé à environ quatre journées de l’embouchure du Rhône, -Annibalentreprit de le paslèr, parce que ce fleuve n’avoit là que la simple lar-geur de son lit. Pour cela il commença par se concilier l’amitié de tous k leceux qui habitoient fur les bords, & acheta d’eux tous leurs canots & passc-chaloupes, dont ils ont grand nombre, à cause de leur commerce parmer. II acheta outre cela tout le bois qui étoit propre à construire en-core de pareils bâtimens , & dont il fit en deux jours une quantité ex-traordinaire de bateaux , chacun s’efforçant de se mettre en état de n’a-voir pas besoin de secours étranger pour pastèr le fleuve. Tout étoit dé-jà préparé , lorfqu’un grand nombre de Barbares s’aísembla fur l’autre

bord

lui 11 étoit le meilleur 8t le plus honorable. Mem-non ne fut point écouté. Passer en Macédoine,une telle résolution n’étoit pas au goût de ces Sa-trapes esse mi nez : consentir à la ruine des plusbelles Provinces de t’Afie, où ils commandoienten Rois, fort à leur aise 8c dans t abondance , ceferoit se priver de tous íes biens 8c des honneursu’ils y reçoivent. 11s n’ont eu garde de se ren-re à un tel avis, comme s’ils eussent été affinezd’y commander toute leur vie en prenant un par-ti contraire. L’événement leur fit bientôt voirS u ’ils s’étoient mépris : ceux qui commandoientQans les Provinces les plus éloignées s’en virentcbafiëz, pour n’avoir pas écouté un conseil quiraifoit le salut de tout un grand Empire , pari incendie 8c le dégât de deux ou trois Provin-frontières, où Alexandre n’eût jamais péné-re > obligé qu’il eût été de courir au secours dej CS P ro pres Etats , qui devenoient le théâtre dea guerre: tant Memnon avoit pris de justes me-P. our réussir dans son entreprise, 8c tant leso utious sag es Lc vigoureuses trouvent de puis-

santes oppositions dans les Cours des Princes oùles sots Lc les lâches sont les maîtres , 8c celaarrive toujours , loríque ceux qui gouvernentreílèmblent à ceux qu'ils consultent : car rare-ment un sot s’adresse à un homme d’eíprit, fer-me 8c résolu. Athènes, Lacédémone 8c toutesles Puiíîànces de la Gréce , se fussent tournéesdu côté des Perses , 8c eussent secoué le jougdes Macédoniens > que Philippe leur avoit impo-se , 8c qu’Alexandre qui lui succéda leur renditencore moins supportable. Darius , pour s’êtreaveuglé sor des conseils qui tendoient à le iauver,y perdit la vie 8c l’Empire. II avoit encore degrandes espérances de se tirer d’embarras s’iln’eût pas perdu Memnon, le seul capable de tenirtête à Alexandre, 8c de lui susciter des affaires dansson propre Roiaume. Ce grand homme m: u rutde maladie : sa mort laiffi. les Perses tout a décou-vert , 8c précipita leur chute Tant il est vrai ,dit un sçavant homme , qu'un homme de plus oude moins influe quelquefois beaucoup fur le fort desplus vastes Empires.