Band 
Tome IV.
Seite
60
JPEG-Download
 

*0 HISTOIRE DE POLYBE,

Quand les éléphans furent paísez, Annibal fait d’eux & de la ca-valerie son arriéregarde, & marche le long du fleuve, prenant faroute de la mer vers l’Orient comme s’il eût voulu entrer dans lemilieu des terres Européennes. Car le Rhône a fes sources au-def-lus du golfe Adriatique, coulant vers l’Occident, 8c venant de cesparties des Alpes qui regardent le Septentrion. II prend son coursvers le Couchant d’hiver, 8c se décharge dans la mer de Sardaigne.Ses eaux traversent toute une vallée, dont les Gaulois appeliez Ardyensoccupent le côté septentrional , 8c le méridional est bordé par les raci-nes des Alpes, qui font vers le Septentrion. Cette vallée est séparée desplaines des environs du Pô par les Alpes , qui s’étendent depuis Mar-seille jufqu’à l’extrémité du golfe Adriatique, 8c qu’Annibal venant duRhône traversa pour entrer dans l'italie.

Extra- Quelques Historiens , pour vouloir étonner leurs Lecteurs par desdef Hit- choses prodigieuses, en nous parlant de ces montagnes , tombent fanstorîens y penser dans deux défauts qui font très-contraires à l’Histoire , ilsmiríe content de pures fables 8c fe contredisent. D'abord ils nous repré-des ai- sentent Annibal comme un Capitaine d’une hardieslè & d’une prudenceAndbli inimitable ; cependant à en juger par leurs écrits, on ne peut se défen-dre de lui attribuer la conduite du monde la moins sensée. Lorsqu’en-gagez dans leurs fables ils sont en peine de trouver un dénoûment, ilsont recours aux Dieux & aux demi-Dieux, artifice indigne de l’Histoi-re qui doit rouler toute fur des faits réels. Ils nous peignent les Alpesfi roides & si escarpées, que loin de les pouvoir faire passer à de la ca-valerie , à une armée , à des éléphans, à peine l’infanterie légére en:tenteroit le passage. Selon ces Historiens les pais d’aîentour sont fi dé-serts, que si un Dieu ou un demi-Dieu n’étoit venu montrer le cheminà Annibal, (a) fa perte 8c celle de toute son armée étoit inévitable.

N’cst-

entendu son Auteur. Mais entre eux le débat.En attendant qu’ils jugent à propos de vuiderce différend, lì la choie au vaut la peine , voicice que je pense des deux. Le Bénédictin quin’avoit en vûe que de représenter fidèlement ionoriginal , s'est uniquement attaché à décrire lepaílàge des éléphans tel que Polybe lui-mêmeLavoir décrit! 8c ce qui me porte à croire qu’ily a réussi , c’eft qu’a quelques bgéres disseren-ces près , il convient parfaitement avec Tite-Live , qui avoir traduit Polybe avant lui. Aulieu que le Jésuite, en grand Historien, se ren-dant maître des Mémoire' , d après lesquels ilecrivoit , s’est cru en droit d’y ajouter ce qu’ilpensoit devoir jetter plus de clarté dans la des-cription de l’Auteur Grec, 8c la rendre plus in-telligible aux Lecteurs de son tems.

(a) @!ue fi un Dieu ou un demi-Dieu riétoitvenu montrer le chemin a Annibal .J 11 y a tou-te forte d’apparence que les Auteurs à fables 8c

à prodiges, dont Polybe so moque,sont les mê-mes où Tite-Live a puisé tant de contes devieilles , dont íòn Histoire est toute parsémée :ç’eût été une eípéce de merveille , fi. dans l’en-droit le plus achevé d’un fi bel ouvrage , il nese tût pas échapé. II n’y introduit ni Dieuxni Déeflès, il n’a garde de les faire manœuvrerparmi les glaces & les neiges qui couvrent cesassreulès montagnes, 8c dans un pais íì triste;mais en récompensé il nous fournit une telle a-bondance de vinaigre, que les soldats d’Annibalen trouvent assez pour calciner 8c faire fauterles rocs , &. pour s’ouvrir un passage dans cesmontagnes inaccessibles. Tout cela vaut bienles extravagances des Historiens dont mon Au-teur fe joue dans fa digression. 11 falloit quele Général Carthaginois eût prévu , malgré lespromesles de ses guides , qu’il auroit un très-grand besoin de cette liqueur, Comment sepeut-il que de telles puérilités aient pû entrer

dans