LIVRE III. CHAP. XV.
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OBSERVATIONS
Sur la bataille de la Trébìe entre les Romains &les Carthaginois.
§• I.
Inconvénient d’un commandement partagé. CaraElére de Sempronius , & l'ujage qu'enfait Annibd. Ordre de bataille. Défaite des Romains.
J L est rare que deux Généraux dont le commandement est alternatif, puissent long-teins s’accorder ensemble. Ce qu’il y a de bien surprenant, c’est qu’un excellentgénéral qui aura un franc stupide pour Collègue , trouvera souvent plus de chicanes,^ oppositions & de faux raisonnemens à combattre , & plus dé gens qui se tournerontc ontre lui , que s’il avoit en tête un homme qui lui seroit comparable en intelligence.Malgré tout ce que j'ai dit de la mauvaise conduite de Scipion après l’affaire du Tésin ,il étoit infiniment au-dessus de Sempronius, qui ne sçavoit que mépriser l’ennemi, sanssien voir ni rien connoître dans les moiens de le vaincre : bien que son Collègue n’ou-bliât rien pour lui faire comprendre que le tems ni les lieux ne permettoient pas de rienbazarder contre une armée infiniment supérieure en cavalerie, & campée dans une plainer ase & découverte, & très-propre pour la faire agir avec toute forte d’avantage, Il étoit'l’avis de traîner la guerre en longueur, & qu’en temporisant cette armée se ruineroitd elle-même saute de vivres & de fourrages , dont elle commençoit à manquer. CeCapitaine, qui íaisoit plus de cas d’opiner selon les réglés de la prudence , que de rem-P°tter la victoire par un coup de hazard , ne put rien gagner fur cet esprit opiniâtre,^ Ul jetta les affaires dans le précipice. Scipion l’eût fans doute laissé faire, s’il l’eût cru^Pable de commander une armée. Aristide se trouva dans un cas semblable , mais sonCollègue étoit un tout autre homme que Sempronius. Aristide, qui regardoit le com-mandement partagé dans une armée comme un très-grand mal , dès qu’il vit qu’on l’a-élu avec Miltiade pour commander alternativement , céda de bon cœur son droit3 . s°n Collègue, dont il connoissoit le mérite & la valeur, quoiqu’il sût toutWrin de l’ un & de l’autre lui-méme , & Miltiade gagna la célèbre bataille deMarathon.
fi circonspection de Scipion sut préjudiciable à la République après l’affaire dut bn, elle étoit salutaire & prudente fur la Trébie. Son sentiment dans cette conjonc-ç Ur e étoit appuié fur des maximes très-solides. Il n’est pas possible de s’imaginer que^mproniiis' ne sentît pas tout le vrai & le solide des raisons de son Collègue , qui°Pposa de toutes ses forces au dessein qu’il avoit de courre les risques d’une bataille‘ ln gé e . Sempronius ne pouvoit s'empêcher de reconnaître, dit notre Auteur, que les avis^■fon Çoliég He étoient justes & fenfez,. Peut-être qu’il eût été plus avantageux poure mproni us , qu’il n’en eût pas connu toute la force. La vérité qui fiape , & à la-c ! r Ut " e on se refuse, nous laisse souvent dans une suspension d’esprit , 8c une espère deaist te de ne pas réussir qui est toujours dangereuse. „ Quand les hommes ont balancéS> ongtems à entreprendre quelque chose par la crainte de ne pas réussir, dit un Auteur
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