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Tome IV.
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! 3 4 HISTOIRE DE POLYBE,

„ judicieux (a) (j grand Politique , l’impreffion qui leur reste de cette crainte , sait„ pour l’ordinaire qu’ils vont ensuite trop vîte dans la conduite de leurs entreprises. "Cette maxime est très-scnsée & très-vraie. Les raisons de Scipion , qui étoit un hom-me fige, laissèrent Sempronius dans le doute & dans f incertitude : ce qui paraît asterpar fa conduite.

Lorsque la prévoiance & les Conseils ont précédé les dangers d’une entreprise , la peurest vaincue ; mais lorsque la peur & le doute , où l’on est du succès , ont devancé laprévoiance, nous faisons tout à la hâte & fans réflexion. C’est ce que fit Sempronius,qui se gouverna dans cette affaire comme si le courage seul eût suffi pour remplir le de-voir d’un Général.

Scipion ne pouvant rien gagner sur cet esprit opiniâtre & présomptueux, l’abandonnaà son mauvais génie. N’eût-il pas mieux fait, & plus prudemment , lorsqu’il le vitinflexible dans fa résolution, de changer de batterie , & d’affecter de se rendre à sonsentiment, l’encourager dans son dessein, & l’aider de ses conseils, dont il avoit le plusde besoin ?

Quand une entreprise a été une fois résolue dans un Conseil de guerre , il est d’uneextrême conséquence que les Officiers & les soldats mêmes ignorent le pour & le con-tre : car il y en a toujours un fort grand nombre qui comptent ses avis, plutôt qu’ilsne les pèsent. Souvent dans les Conseils ce ne sont pas les plus sages qui sont écoutez &qui décident; mais ceux qui sont à la tête, à qui il est permis de faire & de dire toutce qu’il leur plaît : outre que l’on a toujours de l'éloignement dans ces sortes d’assem-blées pour tout ce qui tend à éviter ou à retarder le combat, de peur qu’on ne doutede leur courage. II importe donc que ceux qui ont été d’un sentiment contraire, parais-sent approuver ce qui s’y est déterminé, quelque mauvais qu’il puisse être, il seutqu’ilsle maintiennent publiquement; ce qui fait que le Général, ou celui qui en est fauteur,perd cette crainte que cause ordinairement le doute où l’on est de ne pas réussir.

Annibal ne craignoit rien tant sinon que les Romains ne traînassent les affaires enlongueur , & qu’ils ne le tournassent & ne le roulassent de camp en camp dans unpais peu favorable à fa cavalerie , qui étoit ce qu’il avoit de plus fort & de plusredoutable dans son armée. Il comptoir moins fur son infanterie , dont la plusgrande partie étoit composée de troupes Gauloises mal armées & fans aucune disci-pline ; mais comme le fond en étoit bon, il espérait quêtant disciplinées & meléesavecles Afriquains & les Espagnols, il en tirerait les mêmes services.

Ce grand Capitaine voioit bien que le poste où il se trouvoit , étoit tout ce qu’il • jpouvoït choisir de meilleur & de plus avantageux pour faire agir fa nombreuse cava- j

lerie & ses éléphans, assuré que la bataille se donnant dans une plaine rase & décou- '

verte, les Romains ne résisteraient pas un moment à cause de l’inégalité de leur cava-lerie, autant dans le nombre que dans la hardiesse & dans le courage : car quant àl’infanterie , les Romains étoient plus forts. S’il falloir s’en rapporter à Tite-Live,ils dévoient l’être de près d’un tiers. Il y joint les Gaulois Cénomans , dont notreAuteur ne fait aucune mention. Quoiqu’il en soit, cette infanterie eût décidé, si bGénéral Romain eût observé une meilleure conduite dans la disposition de sa ca-valerie.

Je ne le blâme point d’avoir donné à la fortune , on sçait assez que les ménagementcraintifs à l'ouverture d’une guerre tirent à des conséquences dangereuses, 'dont l’ennemipeut tirer avantage; mais ce n’est pas reculer que d’attendre du tems & de l’occasion,car en temporisant on ne gâte jamais rien dans les affairés contestées. Entre deux Géné-raux ou dans un Conseil de guerre, où il est libre à chacun de dire son avis , & lors-

qu’on

(a) Htm. du Gard. de Rets ,