LIVRE III. C H A P. XV. ij 5
vera comme les autres fondé fur les memes principes , fans être semblable à tous ceuxque j'ai donnez dans les Volumes précedens } a 1 égard de la distribution des troupes-
Un habile Général qui se trouve plus fort en infanterie & plus foible en cavalerie,corame Sempronius contre Annibal, ne doit jamais refuser le combat sans de grandesraisons, lorsqu’il est assuré de la valeur de son infanterie , s'il n'ignore pas qu'il peutfortifier fa cavalerie de son infanterie. Le Consul Romain l’ignorait , il y a lieu decroire que son Collègue signerait aussi. On doit conclurre de là que les raisons deScipion étoíent très-íages & très-folides, & que Sempronius étoit un franc étourdide bazarder une action générale dans les plaines, qu’il pouvoit éviter , contre unearmée extraordinairement supérieure en cavalerie, & qui joignoit la ruse, l’artifice &vn très-grand art à une audace extrême contre un ennemi qui n’opposoit que celle-ci , & beaucoup de présomption, fans aucune capacité , & avec une expérience forta u-deffous de la médiocre. On a pû voir ce que j'ai dit de la disposition d’An-nibal, elle est d'un grand Capitaine & d’un profond Tacticien.
Je vais donner celle qui me paraît la plus propre à être opposée à un Généralqui se trouverait plus fort en cavalerie , si le plus foible fe trouvoit dans un cassemblable à celui des Romains : le secret consiste à fortifier fa cavalerie plus foiblede son infanterie. Par cette ruse il peut raisonnablement compter fur la victoire. Onpeut tout espérer dans une bataille, si l'on joint à la valeur des troupes l’excellencede la distribution de chaque arme & de Tordre, qui peut suppléer au nombre.
Dans une bataille que le Général Schoulembourg perdit contre lès Suédois à Ge-manertoff, il leur opposa une disposition très-sçavante & très-rusée, qui ne lui servitde rien, ses troupes aiant d’abord lâche le pied à la vue de lennemi ; mais nousn’opposons ni ne supposons pas ici de telles gens dans Tordre que nous allons don-ner. Et quand la cavalerie ferait moins brave & fort inférieure à celle de T ennemi,nous ne nous en mettons pas autrement en peine : nous y suppléons par ce que nousavons de plus fort, c’est-à-dire par Tinfanterie.
Je me range donc fur deux lignes, la cavalerie fur les ailes, les escadrons (r) entre-laífez des Colonnes ($), & de deux pelotons (4) de vingt à vingt-cinq grenadiersc hacun. La seconde ligne (s) à peu près dans le même ordre , les aîles ferméesdes Colonnes ( 6 ) & (7) de deux sections chacune. Comme je veux faire un efforta mes aîles, & donner paria, je refule mon centre (8) à T ennemi (9) amant qu'ilw'est possible, se ne laisse pas de le fortifier par les Colonnes (ro) & (1 t) , &par une seconde ligne (12). Je prétens que mon centre ne bouge, pendant que. mesaîles avancent & attaquent la cavalerie, en même tems que les escadrons & les Co-lonnes de la seconde ligne (5) passant entre les intervalles des corps de la première,attaqueront & tomberont fur ceux de la seconde de T ennemi (r;) , avec ordre àceux qui commandent de détacher quelques escadrons après les fuiards, pendant que* e gros fe repliant fur ce qui reste encore en entier le prendra en flanc , en mêmetems que le centre (8) marchera pour attaquer Tinfanterie ennemie (9). Celle-cine fçauroit fe détacher de son centre pour tomber fur (8) , fans s’expofer à être priseP a J ses derrières par les troupes victorieuses à fes deux aîles. Ce mouvement est tropdélicat & trop dangereux, lorsque fes aîles fe trouvent vigoureusement attaquées. Jen ’çntre pas dans un plus grand détail, pares que jc suppose mon Lecteur au fait de monP r mcipe & de ma méthode.
Tom. IV.
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