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Tome IV.
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HISTOIRE DE POLYBE,

CHAPITRE XVI.

‘préparatifs des Romains pour réparer leur perte. Exploits de Corn.Scipion dans /’ Espagne. Adresse d'Annibalpour attirer à son partile s Gaulois. Passage du marais de Clusium.

S Empronius , pour cacher fa honte & fa défaite , envola des cour-riers à Rome, qui n’y dirent autre chose sinon qu’il s’étoit donnéune bataille, & que fans le mauvais tems l’armée Romaine eût rempor-té la victoire. D’abord on ne pensa point à fe défier de cette nouvelle.Mais on apprit bientôt tout le détail de faction , que les Carthaginoisoccupoient le camp des Romains , que tous les Gaulois avoient fait al-liance avec Annibal, que les légions avoient fait retraite & s’étoient ré-fugiées dans les villes , & qu’elles n’avoient de munitions que ce quileur en venoit de la mer par le Pô. On fut extrêmement surpris d’unévénement si tragique , & pour en prévenir les fuites on sit de grandspréparatifs pour la campagne suivante , on mit des garnisons dans lesplaces j on envola des troupes en sardaigne & en Sicile, on en sit mar-cher aussi à Tarente , & dans tous les postes les plus propres à arrêterl’ennemi, l’on équipa, soixante quinquerémes. On choisit pour ConsulsCn.. Servilius & Caius Flaminius,. qui firent des levées chez les Alliez,& envolèrent des vivres à Ariminum & dans la Tyrrhénie, où la guer-re devoir fe faire. 11s dépêchèrent aussi vers Hiéron pour lui demanderdu secours, & ce Roi leur fournit cinq cens Crétois & mille Ron-dachers. Enfin il n’y eut point de mesures que l’on ne prit, pointde mouvement que l’on ne fe donnât. Car tels sont les Romains cngénéral & en particulier, plus ils ont raison de craindre , plus ils sontredoutables.

deCorn Oans la même campagne Cn. Cornélius 8cipion , à qui Publius sonScipion frère avoit laiíle , comme nous avons déja dit, le commandement dedans l’armée navale , étant parti des embouchures du Rhône avec toute fagnc Pa " flotte, & aiant pris terre en Espagne (a) dans le Lampourdan, assiégea

fur

(a) Tris terre en "Espagne dans le Lampourdan. ]La conduite de Périclés, d’Agathocles, d'Annibal,de Scipion, & de tant d’autres grands hommes,marque visiblement qu’il est íòuvent & presquetoujours avantageux de porter la guerre chez au-trui., & plus encore loríqu’on fe voit attaqué dansfòn propre pais ; c’est alors que la diversion est

nécefîàire, & un acte de la plus grande prudence.On est toujours en état au commencement d’uneguerre d’agir puissamment & vigoureusement,parce qu’on n’est point épuise par les longueursd’une guerre , les coffres lònt ordinairementpleins , la guerre est toujours courte loríqu’ellcest groílë: en doublant les préparatifs., on appro-che