HISTOIRE DE POL YBE,
OBSERVATIONS
Sur la marche d'Annibal dans les Marais de Clujîum ou
de Chiana.
§. I.
i Qtte la marche d’Annibal dans les marais de Clujîum fut l'objet d'un dejfein profond
Sentiment de V Auteur fur cette marche. Oue Polj/be ne l’a pas bien connue. Expli-
cation de cette marche.
N va voir dans ces Observations si cette marche d’Annibal dans les marais de
Clusium, fut l’objet d'un grand dessein, ou si ce Général eut seulement en vûe
le merveilleux & l’extraordínaire dans ce qu’il s’étoit résolu de faire r car il arrivesouvent que des Généraux entreprennent des choses qui semblent imprudentes Atéméraires, qui ne font en effet que hardies, & qui surprennent d’autant plus, quel’on ne comprend ni l’on ne voit rien dans le dessein du Général qu’ensuite del’événement , c’est-à-dire lorsqu'il n’y a plus de remède. Mais lorsqu’on s’engagedans de tels desseins, il faut être sûr de son fait, & bien assuré que l’ennemi, in-capable d’y rien connoítre, ne rompra pas toutes nos mesures. Car il y a des en-treprises où il n’y a point de milieu entre la ruine d’une armée & le succès, lorsquel’ennemi les pénétre & paroît tout à coup pour s’y opposer , quand l’affaire estembarquée, Annibal étoit perdu , si les Romains l’eussent attendu à la sortie desmarécages ; la retraite devenoit alors si difficile , qu’il eût perdu son armée & fa ré-putation avant que de pouvoir se retirer. Ces sortes des projets extraordinaires font uneffet surprenant lorsqu’ils réussissent, l’ennemi en paroît frapé , & la consternation netarde guéres de se répandre dans toute une armée , quand même les vûes du Géné-ral , dans ce qu’il vient de faire , n’auroient pour objet que le merveilleux de l'actio"même.
Polybe, dont le dessein n’étoit pas moins d'écrire une Histoire, que de nous instrui-re dans ce qui regarde la guerre & le gouvernement des Etats, ne nous dit presquerien, & ne creuse pas les motifs d’Annibal dans cette fameuse marche. Il nous laisse àdeviner les vûes secrètes de ce Chef célèbre, & les principales raisons de cette marche *qui font fortes & en grand nombre. II s’attache principalement à faire connoítre le ca-raétére, & à blâmer la misérable conduite de Flaminius dans l’embuscade de Thrasyfflé-ne, que le Lecteur éclairé voit bien , sans qu’il ait besoin de Commentaire. N’eût-ilpas mieux fait de nous étaler les bévues du Consul , & sa négligence à profiter <st S
-avantages qu’il eût pû tirer , & des obstacles qu’il pouvoit opposer à son ennemi dan 5une marche si difficile & si délicate? II y a lieu d’en être étonné: car dans cette assa ' 1 ' 2Flaminius est plus blâmable que dans tout ce qu’il fit de mauvais par la fuite. F eSRomains n’eurent jamais une si belle occasion que celle-ci de finir glorieusement la gu £ t-re, & de la terminer à la honte de l’ennemi.
Annibal étoit trop habile & trop éclairé pour ne pas prévoir tous les dangers atssq 11 ^ 5il exposait son armée dans une entreprise si surprenante. Mille raisons l’y engageost nt
pont-