i 7 x. HISTOIRE DE POLYBE,
,, répandue par tour le monde , que les François font incapables de régies & de difci'
„ pline, n’a autre fondement que l'incapacité des Chefs, qui ne fçavent pas choisir les„ moiens nécessaires aux fins qu'ils fe proposent Vérité qui n’a pas besoin de Com-mentaire. „ Leur courage " , dit-il encore , „ les porte a chercher la guerre aux
„ quatre coins du monde, puisqu’ils vivent comme les Espagnols , comme les Suédois„ dans leur païs ", (& j'ajoute comme les Turcs dans leurs armées ; ) ,, ce qui mon-„ tre bien que s’il demeurent en leurs défauts naturels , c’est parce qu'on les souffre„ & qu’on ne fçait pas les en corriger Je le crois bien, ces sortes de gens sontfort rares.
§. III.
Des marches dam les marais. Précautions qu’on doit prendre dans ces fortes d* entrepris s.
Quelques exemples remarquables.
Q N ne doit pas regarder cette marche d’Annibal dans les marais dé Clusium,comme une de ces entreprises extraordinaires dépendantes du hazard & de la for-tune , de ces entreprises qui nous portent plus à l’admiration qu’à l’imitation. Les des-seins de cet homme vraiment extraordinaire, quoique grands & vastes , étoient réglez'néanmoins par la prudence , & jamais indiscrets & téméraires. Ce qui fait l’indiscré-tion & la témérité dans un Général d’armée , c’est lorfqu’il lui est libre de rejetter oud’embraífer un projet très-difficile & très-dangereux , où il y a plus de gloire que deprofit ; mais lorfqu’il se voit également dans le péril , soit q u’il l’exécute ou qu’il l’a-bandonne, des deux partis il doit choisir celui qui lui paroît le plus honorable, le pluscourt pour aller au but qu’il fe propose, & laisser l’autre qui lui semble moins profond& moins glorieux, s’il réussit, & plus honteux s’il échoue. II y a infiniment plus degrandeur , plus de courage , de sûreté & de prudence d’entreprendre une marche très-ficheuse, dont la fin peut produire une action décisive dans un terrain désavantageux,que de prendre un autre chemin plus aisé, à la. vérité; mais qui nous expose à une in-finité de combats & de chicanes, qui multiplient à mesure qu’on avance , & dont onne fçauroit voir le bout qu’après avoir perdu une infinité de monde , & qu’on n’estplus en état de rien entreprendre. Annibal envisage toutes ces raisons dans les deux partisqu’il avoir à prendre , & choisit le meilleur. Lorsqu’on prend de bonnes mesures,
qu’on est bien instruit des lieux & du païs , & qu'on est conduit par des Générauxcourageux & éclairez, il n’y a rien dont on ne vienne à bout.
Les moiens dont l’habile Carthaginois se servit pour mettre à fin son avanture , sonsîes mêmes que je propose ici. Le secret & la diligence sont les deux pôles des grandesentreprises. L’un & l’autre dépendent de nous. Les mesures , les devants ne sont pasmoins en notre pouvoir.
On doit faire exactement reconnoître la marche , sonder le marais par des gens sages& entendus. On en trouve quand un. Général s’applique à connoítre les Officiers deson armée. Les gens des ‘lieux sont ceux de qui on peut tirer le plus de lumières. Hfaut se les attirer & les mettre dans nos intérêts, non par des vaines promesses, mais p ardes réalitez. 11 faut répandre l’argent à pleines mains, & leur promettre davantage aprèsl’execution. Si on manque fur ce point, on ne se fie plus à nous , & on ne fçauroitrien entreprendre où l’on puisse être assuré de réussir. L’avarice & le manque de parolenous font mépriser des troupes & de ceux que nous emploions. Les espions deviennentdoubles, & les entreprises comme les espions.
CemLâi font chargez de sonder un marais d’une grande étendue , doivent le fairer a u-