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Tome IV.
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lso HISTOIRE DE POLYBE,

Servilius ne formoit aucun obstacle à ses desseins. 11 ne pensa jamais à s’établir unefrontière, & à avoir un nombre de places fortes qui puisent lui servir de places d’armes& de siège de la guerre, fans lesquelles ses victoires étoient inutiles, & fa ruine aísûrée'

s’il étoit battu. Dire qu’il étoit malhabile en sièges , comme le prétend Saint-Evre-mont , c’est une chimère. II prit quelques villes & les laissa là, fans songer à les gar-der. Un commencement de frontière en ce païs-là lui étoit nécessaire pour tirer pluscommodément les secours qui pouvoient venir des Gaulois Insubriens. Maître des vil-les fortes , tout se fût déclaré en là faveur. Cette faute eut une telle suite, qu’il setrouva plus d’une fois dans les dernières extrémitez. En formant à mesure qu’il avan-çoit une nouvelle frontière, Rome succomboit en peu de tems , il eût établi de bonnesplaces d’armes, & ses vivres eussent été assurez. II courut l’Italie errant & vagabond,fans places, & fans autre ressource que la campagne toute nûe. Maharbal me permet-tra que je me serve du même compliment qu’il lui fit après la bataille de Cannes. Tufçais vaincre , Annibal, mais de profiter de la victoire , c’est une imagination. Vin-cere scis , Annibal, fed victoria uti nefeis. Quel dommage ! L’assemblage d’une au-dace extrême avec la capacité & toutes les grandes qualitez d’un Guerrier du pre-mier ordre, fans le défaut qui lui est si souvent reproché dans l’Histoire, qui dé-pare toutes ses victoires & qui gâte tout, eût été un torrent à quoi il n’auroit pasété possible de résister.

Un habile Général ne se laisse jamais surprendre , il ne marche qu’avec de grandesprécautions : quand même il seroit assuré que l’ennemi est à quelques marches de lui, ilpeut revenir fur ses pas, s’il voit l’occasion de faire un bon coup ; & lorsque celui-ci ace dessein , & que l’autre va par le même chemin, on se rencontre bientôt. Flaminiuss’imaginoit-il que cela fût impossible ? II sçavoit d’ailleurs que l’armée Carthaginoisen’étoit pas loin. II eût dû envoier aux nouvelles, & détacher différens partis pour re-connoître fa marche, comme celle de l’ennemi, & les endroits suspects & couverts, &particulièrement les gorges & les défilez des montagnes, faire occuper l’entrée comme lasortie , & n’occuper pas moins les hauteurs qui dominoient fur la marche , que certainspostés avantageux au-delà du défilé , & faire fouiller & reconnoître les lieux où l’on

peut cacher un bon nombre de troupes, & les païs de montagnes & de valées profondesprêtent plus que tout autre à la ruse & à l’artifice. Si le Consul eût usé de ces pré-cautions, que les Généraux les plus médiocres ne négligent pas, il eût trouvé la bête augîte. Le rusé Carthaginois n’eût pas seulement manqué son coup, s’il eût été décou-vert dans son embuscade, mais il se fût vû encore obligé de combattre dans un endroitoù fa cavalerie n’eût été d’aucun usage ; & comme il étoit plus foible en infanterie , S£que celle des Romains étoit plus nombreuse, bien disciplinée , non pas à beaucoup prèstant qu’elle l’étoit avant cette guerre, & mieux armée, il en eût été infailliblement ac-cablé , & ses espérances alloient à rien.

Quoiqu’en dise notre Auteur, ce ne fut pas tant le brouillard qui contribua à la dé-faite des Romains, que la mauvaise disposition de la marche de leur Général. Car pourbien juger de ce qui seroit arrivé si on eût marché selon les régies de la guerre , on n’*qu’à considérer ce qui se passa à la tête de l’armée, qui marchoit en bon ordre. Cettetête sut attaquée , & les ennemis furent si bien reçûs, qu’ils y rebouchèrent. Les Ro-mains n’en demeurèrent pas à ce premier avantage : car s’étant apperçûs qu’ils occu-poient la sortie du défilé, ils les attaquèrent sans perdre un moment de tems ; & s’étantfait jour au travers, ils ouvrirent le passage , où ils se maintinrent , fans penser a etqu’il y avoit de mieux à faire. Il ne dépendoit que de celui qui commandoit la tetôde la Colonne de profiter d’un coup si avantageux ; mais il sit voir qu’il étoit incapab^de grandes choses. II crut feulement que cet obstacle surmonté, il donnoit un hb re