LZ4 HISTOIRE DE POLYBE,
le Dictateur comme un homme sans courage & fans résolution. On nepouvoit trop tôt lui faire naître l’occaíìon d’allcr à l’ennemi , Sc de luidonner bataille.
Les Carthaginois après avoir saccagé la Daunie & paste l’Apennin,s’avancérent jusques chez les Samnites, pais gras & fertile , qui depuislongtems jouiiïoit d’une paix profonde , Sc où les Carthaginois trouvè-rent une fi grande abondance de vivres , que malgré la consommation& le dégât qu’ils en firent, ils ne purent les épuiser. De là ils firentdes incursions fur Bénevent, Colonie des Romains, Sc prirent Venuíia,ville bien murée , Sc où ils firent un butin prodigieux. Les Romainsles suivaient toujours à une ou deux journées de distance Ça) , fansvouloir ni les joindre ni les combattre. Cette affectation d’éviter lecombat, fansceííèr de tenir la campagne, porta le Général Carthagi-nois à fe répandre dans les plaines de Capoue. II fe jetta en particulierfur Falerne, persuadé qu’il arriverait une de ces deux choses , ou qu’ilforcerait les ennemis de combattre, ou qu’il ferait voir à tout le mondequ’il étoit pleinement le maître, & que les Romains lui abandonnoientle plat pais : après quoi il eípéroit que les villes épouvantées quitte-roient le parti des Romains. Car jufqu’alors , quoiqu’ils cuílènt étévaincus dans deux batailles , aucune ville d’ítalie ne s’étoit rangée ducôté des Carthaginois. Toutes étoient demeurées fidèles , même cellesqui avoient le plus souffert : tant les Alliez avoient de respect Sc de vé-nération pour la République Romaine.
Au reste Annibal raiíònnoit sagement. Les plaines les plus estiméesde l’Italie, soit pour l’agrément, soit pour la fertilité, font fans contre-dit celles d’autour de Capoue. On y est voisin de la mer. Le commer-ce y attire du monde de presque toutes les parties de la terre. C’est làque fe trouvent les villes les plus distinguées Sc les plus belles d’Italîe>le long de la côte Sinueílè, Cumes, Pouzoles,Naples, Nuceria: dansles terres du côté du Septentrion, Calenum & Tcano; à l’Orient Sc atiMidi la Daunie Sc Noie ; & au milieu de ce païs , Capoue , la pl uSriche & la plus magnifique de toutes. Après cela doit-on s’étonner queles Mythologues aient tant célébré ces belles plaines , qu’on appeîlotfausti champs Phlégréens , autres plaines fameuses , Sc qui surpassaienten beauté toutes les autres : de forte qu’il n’est pas surprenant que l eS
Dieux
(a) Les Romains les suivaient toujours a une ouJeux jour?;ées de distance , fans vouloir ni les join-dre ni les combattre, j Tite-Live produit ici undiscours de fa façon , qu’il met dans la bouchede Minucius, auquel il ne peníà peut-être jamais:puisque notre Auteur n’en dit rien,il faut endon-ner tout l’honncur à l’Ecrivain Latin. Je le trou-ve bon Sc instructif. 11 seroit à souhaiter que tousles Officiers Généraux pensassent & raisonnassentainû, lorsqu’ils font commandez, par de faux Fa-
bius , qui cherchent à traîner la guerre engueur, lans avoir les talens & la fermeté nccefla 1 'rc dans une défenlìve. Nous cn aurions cu untrès-grand besoin pendant le cours de la guerrede 1701. nos ennemis fe fussent ttès-ma! trouvezdes conseils de ces gens. Les Généraux trop cu-conlpects, 8c même ceux qui le font médiocre-ment à la tête d’une armée Françoise > trouvenà la fin qu’ils font peu dignes de la commander.