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Tome IV.
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194 HISTOIRE DE POLYBE,

leurs combats: car lorsqu’ils sortent de la commune façon de se ranger, Polybe ne mart-que pas de nous Rapprendre; ce que ne font pas, ou fort rarement les Historiens Latins,beaucoup moins exacts que les Grecs. Je ne trouve rien à reprendre à l’ordonnance deMinucius; mais seulement d'avoir mal choisi son champ de bataille, & de s’être rangéfur un front parallèle au coteau : au lieu qu'il eût dû tourner son armée de telle Çorte,qu'il eût porté une de ses ailes vers son camp , & l’autre vers le coteau , en la mettanten potence pour soutenir le corps qui devoir l’attaquer, & par-là il rendoit inutiles tousles avantages qu’Annibal pouvoit prendre fur lui ; au lieu qu’en se rangeant de front,il prêtoit le flanc à l’ennemi qui le débordoit, &donnoit lieu I ceux de l’embuscade detomber sur son flanc & sur ses derrières. Voilà une faute grossière & bien avérée , &une grande témérité d'oser attaquer un ennemi si extraordinairement supérieur avec kmoitié des forces Romaines, fans être bien assuré si Fabius le tirerait d’embarras, en casqu’il vînt à avoir du pire : est-ce que Minucius ignorait â quel homme & à quellestroupes il avoir affaire ?

Mais, ce qui met le comble à la sottise , c’est de n'avoir pas fait reconnoître ou re-connu lui-même le terrain aux environs du champ de bataille ; cette négligence est-ellebien pardonnable à un homme de guerre ? Car s’il eût fait souiller tous ces endroits , iln’eût pas manqué de trouver la bête au gîte. Qui peut , dira quelqu’un , soupçonnerune embuscade , où il ne paraît rien qui doive la favoriser ? Et qui peut s’imaginer,íui répondra-t-on, qu'un Général & un Romain n’ait pas observé en ceci les régies in-violables de la guerre , qui ne permettent jamais de faire un pas fans être bien assuré,& sans avoir bien reconnu les cent autres qui restent à faire ? Qui dit que les plaines,quelque rases & nettes qu’elles nous paraissent au coup d’œil , ne soient pas propres àdes embuscades ? Sont-elles si unies qu’il n’y ait des fonds insensibles , des ravins , desfossez & de petits rideaux de terre , capables de cacher & de couvrir non seulement ungrand corps d’infanterie , mais encore de la cavalerie ? L’Histoire n’est-elle pas remplied'une infinité d’exemples de ces sortes de pièges, qui sont d’autant plus à craindre qu’ons’en défie le moins ?

Je veux que le piège dans lequel Minucius tomba puiffe être mis au nombre de ceuxqui sont au-dessus de la prévoiance humaine , quoiqu’il soit bien au-deffous ; est-cequ’il ne voioit pas qu’Annibal le déborderait , s’il s’avisoit de sortir en bataille & demarcher à lui? Il devoir donc se précautionner à ses ailes, & pour s’asturer de ce côté-là fermer les espaces ou les deux extrémitez d’entre ses deux lignes (6) par ses triaires,pour faire front de tous cotez ; alors les troupes de l’embuscade eussent trouvé à quiparler, & par tout une égale résistance. Tout au moins devoir-il mettre fa cavalerie(y) en potence, & par-là ses flancs ne se fussent pas trouvez découverts. Ce mouve-ment étoit délicat si près de l’ennemi, dira-t-on : je l’avoue ; mais il étoit moins dan-gereux que de laisser cette cavalerie dans une situation où elle ne pouvoit rester longtemsfans être envelopée & défaite dès le premier choc. Disons la vérité, Minucius fit toutà la hâte & fans réflexion. II ne falloit pas attendre des mesures & des manœuvres stdéliées d’un Général qui néglige les plus essentielles, & celles qui peuvent entrer dan*l’esprit de tout le monde. Ce qui doit sans doute surprendre, c’est que ce Généraltomba dans une faute toute semblable à celle de Sempronius â la bataille de k Tresse :car si celui-ci, aussi bien que l’autre, eussent fait reconnoître 1a plaine du côté de kp rSailes , ils ne fussent pas tombez dans le piège qu’Annibal leur tendoit. Ne diroit-on pas qu’il y avoit un siécle de cette action à l’autre ? Mais venons à Annibal,qui nous paraît bien circonspect dans cette affaire-ci.

Ceux qui s’impatientoient de la longueur de cette guerre , qui se passoit toute enmauve mens, fans aucune action décisive, disoient, par dérision, comme je l’ai dej*