L I V R H III. CHAP. XXIII. 2.99
■mais il y a trois fois plus de cavalerie. On donne à chaque Consul làmoitié de ces troupes auxiliaires , & deux légions. On les envoie cha-cun de leur côté , Sc la plupart des batailles ne se donnent que par unConsul , deux légions Sc le nombre d’Alliez que nous venons de mar-quer. U arrive très-rarement que l’on íe serve de toutes ses forces enmême tems & pour la même expédition. Ici les Romains emploientnon seulement quatre , mais huit légions : il falloit qu’ils craigniííèntétrangement les suites de cette affaire.
Le Sénat fit sentir à yEmilius de quel avantage seroit pour la Répu-blique une victoire complctte, Sc au contraire de combien de malheursune défaite seroit suivie. On l’cxhorta de prendre bien son tems pourune action décisive , & de s’y conduire avec cette valeur 8c cette pru-dence qu’on admiroit en lui , en un mot d’une maniéré digne du nomRomain. Dès que les Consuls furent arrivez au camp , ils firent as-sembler les troupes , leur déclarèrent les intentions du Sénat, Sc leurdirent, pour les animer à bien faire , tout ce que les conjonctures pré-sentes leur suggérèrent de plus pressant. AEmilius , touché lui-mêmedes malheurs de la République , en fit le sujet (a) de sa harangue. II
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(a) Mmilius , touché lui-même des malheurs delu République , en fit le sujet desu harangue.^ La Lo-gique doit être naturelle, dit le célèbre M. le Clerc,ou elle ne vaut rien. Les figures de rhétoriquepeuvent être íçavantes; mais la meilleure est cellequi est la plus propre aux tems & aux lieux. IIcite là dessus un exemple d'un vieux Officier quicommandoit les Anglois devant Cadix en iiot:l’avantage du poste des ennemis , qui demandoitde la vigueur pour les en chasser , le réduisit à lanécessité de haranguer ses soldats, ce qu’il n’étoitPas accoutumé de faire. Ii s’en tira du mieuxqu’il put , 8c mieux peut-être que n’auroit fitittout autre plus éloquent. J Ruelle honte ! leur dit-iì, pour vous, Anglois , qui mangez, de bon beufde bonne soupe , de vous laisser battre par cettecanaille eFRspagnds, qui ne mangent que des oran-ges & des citrons. Les Espagnols ne font pas sicanailles qu’on diroit bien : s’ils étoìent mieuxdiscipliner. Sc bien menez,, ils auroient moins be-soin de harangue que les autres. Quoiqu’il ensoit, la harangue-n’etoit pas des plus graves 8c desPlus sérieuses, comme l’on peut voir , 8c cepen-dant elle fit plus d’effet dans le cœur de ces man-geurs de beuf 8c de loupe,.. 8c leur inspira plus decourage que n’auroit pû faire la plus précieuse 8cta plus divertissante de celles qui se trouvent dansta nouvelle Histoire Romaine.
La coutume des Anciens étoit de haranguerleurs soldats avant le combat : je la trouve excel-lente & très-digne d’être reprise. Je doute qu’oncn puisse trouver l’origine, tant elfe est ancienne.Kl!e a duré si longtems , que nous touchons pres-
que à celui où elle s’est perdue. Lés plus courtesharangues font fans doute les meilleures. LesHistoriens de l’antiquité , 8c fur tout les plus re-commandables, en rapportent un grand nombre.,que les Généraux ont debitees à la tête de leursarmées: si c’est une réalité ou des pièces de la fa-çon de ces Historiens, je n’en l'çai rien. Je soup-çonne seulement qu’elles ne font pas telles qu’ilsnous les donnent, 8c qu’ils font dire à leurs Hé-ros bien au-delà de ce qu’ils ont débité, pour aug-menter le courage 8c les espérances de leurs sol-dats. Je crois que celles qui renferment beaucoupde sens 8c peu de paroles , sont les plus éloquen-tes, les plus persuasives & les plus propres au com-mencement. Ce n’est pas un petit avantage dansun Général d’armée que d’être éloquent ; mais cet-te qualité n’est aujourd’hui d’aucun usage : ou nossoldats n’ont pas besoin d’être excitez, a bien fai-re , ou leurs Généraux ne scavent que leur direfaute d’ésprit militaire, quoiqu’ils en a;ent infini-ment lorsqu il s’agit de faire valoir leurs belles ac-tions , ou d'excuíer les mauvais succès de leursentreprises, ou de perdre ceux dont le mérite leurfait ombrage.
César étoit dune éloquence charmante. Elle nelui servit pas peu en bien des occasions. Sessoldats en sentirent assez, la puissance. Elle étoiten telle recommandation > que plusieurs dans sonarmée firent des recueils de ses harangues militai-res. Si elles égaloient le nombre de ses grandes,actions, elles dévoient remplir plusieurs volumesraisonnables.L’on prétend qu’ils subsistoient cn effet,& qu’Auguste pvenoit un singulier plaisir de L ses
faire