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Tome IV.
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3 ií HISTOIRE DE POLYBE,

pies de la Campanie appellérent Annibal chez eux. Tous les autrespanchoient déia à se livrer aux Carthaginois , qui de leur côté n’eípé-roient rien moins que de prendre Rome d’emblée. Les Romains necrurent pas seulement alors avoir perdu saris reílòurce (ji) l’Empire d'I-talie, ils trembloient pour eux-mêmes & pour leur propre patrie, dansla peníee qu’Annibal viendroit incessamment à Rome. La fortune mê-me sembla en quelque sorte vouloir mettre le comble (fr) au malheur

des

(a) Les Romains ne crurent sas feulement alorsavoir perdu fans ressource l'Empire d’Italie , ilstrembloient pour eux-mêmes fy pour leur proprepatrie . ] Toute autre nation n’cût-elle pas dése-spéré de revenir jamais d'une perte ii estroia-bie ? Car Polybe ne compte pas moins de soixan-te-dix mille morts & plus de dix mille prisonniers.Jamais victoire ne fut plus complette que celle-là , Lt jamais victorieux n’en s§ut moins profiter,comme nous le dirons en son lieu. Tite-Live,moins croiable que l’Historien Grec , filoute fu-rieusement sur les morts. 11 prétend que les Ro-mains ne perdirent que quarante mille hommes depied 6c deux mille iept cens chevaux Je ne con-seille à personne d’y ajouter la moindre foi, nonplus qu’on feroit aux extraits des mauvais Auteursdes Journaux : encore moins au stratagème desNumides , qui feignirent de se venir rendre auxRomains, 8c qui se tournèrent contre eux au plusfort du combat. Le vent impétueux n’est pasmoins une imagination de l'Historien. Nousn’a»joutons pas plus de foi à Valére-Maxime qu’à PIu-tarque. Je voudrois bien connoître le pais nataldc ces chimères, j’en ferois honneur à celui destrois cjui en est le père.

Polybe faute íur bien des circonstances qui íui-virent la défaite des Romains, dont il nous im-porte den rapporter quelques-unes, pour satisfai-re la curiosité des Lecteurs. Ces circonstancesseroient-elles imaginaires? J’ai de la peine à me lepersuader. II se peut qu’elles aient échapé à Polybe,car enfin elles ont un grand air de vérité. La réso-lution de ceux qui s’enfuirent dans le grand campfins Chef 8c sens Capitaines, est digne de gensde cœur , 8c par conséquent elle mérite d’avoirplace ici, pour apprendre aux gens de guerre queles ressources nò manquent jamais, dans quelqueinfortune que nous tombions , tandis qu’on a lesarmes à la main. Ceux qui s’étoienf sauvez danscelui ci , envoiérent dire à ceux du petit campqu’ils vinssent les trouver à la faveur des ténèbres,tandis que les viélorieux dormoìent abattus par letravail f? par le vin , fy qu’ils ìroient tous ensem-ble a Canustum. Cet avis fut rejet té > dit Tite-Live , 8c les raisons qu’ils alléguèrent , du moinsles plus lâches, comme les plus forts en nombre,l’emportérent sor celui des autres, qui trouvoientqu’il n’y avoir point d’autre expédient pour scmettre en liberté. Ils prirent la résolution de se

retirer, 8c se mirent en devoir de le faire : 8c ce-lui qui les commandent , qu’on note bien ceci,les aiant rangez en forme de coin, c’est-à-dire enColonne , ie retira a travers des ennemis. Maisparce que les Numides tiroient sor le flanc droit,qui demeurait découvert, les gens de SemproniusTuditanus, Tribun militaire, fefirent comme unemuraille de leurs boucliers, qu’ils prirent alors de lamain droite , fy passèrent dans l’autre camp aunombre de (ix cens : de là s’étant joints aux plus

grandes troupes , ils fie retirèrent tous ensemble àCanustum. Voilà ce que ne nous apprend pas Po-lybe. A Volt-il hâte de finir au plutôt son troisiè-me Livre ? Où. l’auroit-il transporté dans les soi-vans ? II y en a bien d’autres dont il n’a pas soitla moindre mention , que nous ne laisserons paséchaper dans 1 a Dissertation sor la conduite desRomains pendant la seconde Punique, qui fera Uclôture de ce quatrième Volume.

(b) La fortune même sembla en quelque forte voU *loir mettre le comble au malheur des Romains.'} L*bataille de Cannes étoit le dernier jour des Ro-mains, si Annibal eût íçû profiter de la victoire.La consternation étoit telle à Rome, quel’Histoi-re ne nous offre rien de semblable. Peu de jours

après on apprend encore à Rome une autre dilgra-

ce, ce qui mit le comble aux adversitez. Le malétoit grand, mais certainement peu comparable àcelui qui nous tomba fur la tête en 1706. Par-lons franchement, la tête eût tout-à-fàit tourneaux Romains s’ils en cuisent éprouvé un pareil.Nous ne nous laissâmes pas si fort abattre , LCnous témoignâmes plus de constance 8c de ferme-té. Nos Panégyristes n’ont pas sçû prendre I®bon côté dans les éloges de Louis XIV. c’étoiî

celui qui lui aflignoit plus particulièrement le nomde Grand. Quoi de plus triste 8c de plus acca-blant que les événemens fâcheux de cette campa-gne ! L’infortune de la levée précipitée du siég®de Barcelonne, où le Roi d’Eípagne étoit en per-sonne , qui fut suivie de la perte entière de la Cartalogne, ouvrit la scène à un déluge de dilg races.Le 13. du même mois on apprend la perte de labataille de Ramifiez, qui ne le cède guéresàcellede Cannes , du moins les sosies en turent pluígrandes, 8c l’eulsent été davantage, si se Generalavoir été plus habile: enfin la catastrophe finit pafle malheur de Turin, devant lequel celui de Bar-celonne 8c de Ramifiez n’étoit qu'une bagatelle^