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Tome IV.
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34 o /[HISTOIRE DE P O L Y B E,

certain de leur confiance & de leur estime ? Gardons-nous bien de le croire. Un filsde boucher , qui n’a ni expérience ni capacité , & qui est parvenu au Consulat par debasses intrigues & de mauvais moiens , n’impofe guéres à des soldats & à des Officiers,qui veulent être commandez par des gens d’un mérite extraordinaire, ou du moins pardes gens de grande condition, & non pas par un homme de néant. Ventidius étoit lefils d’un muletier ; mais quelles vertus dans cet homme ! Et combien fa vie fut-elleornée de grandes actions ! On obéit volontiers à ces gens-là , & l’on trouve que leurfortune est encore fort au-dessous de leur mérite; mais celle de Varro est quelque chosede si surprenant, que je ne vois rien qui déshonoré davantage le choix du peuple Ro-main. Quand même toute cette armée Romaine eût égalé la discipline & le courage del'ennemi, on doit y penser plus de deux fois avant que de mettre toutes choses en rií-que, & se souvenir de cette maxime de Thucydide, que le vaincu ne se porte pas auxdangers avec la même hardiesse que le vainqueur , dont on a si souvent éprouvé la va-leur & la conduite. Ceux qui ont eu du malheur , & particulièrement les nouveauxsoldats, dont l’armée Romaine étoit composée, sont effraiez par le souvenir qui leur enreste; au lieu que ceux qui ont eu du bonheur en ont plus de hardiesse , d’audace &de confiance : ils attaquent avec mépris, ou bien la honte d’être vaincus les fait se bat-tre en désespérez, & ils remportent enfin la victoire. La bataille de Malplaquet en estune bonne preuve.

fEmilius pensoit juste de vouloir temporiser. Fabius lui avoit fait voir assez que laRépublique ne pouvoit se sauver contre un ennemi aussi redoutable qu’Annibal , qu’entraînant la guerre en longueur, & qu’elle finiroit par la ruine de l’ennemi , qui ne pou-voit plus tenir la campagne, & qui étoit réduit à l'extrémité. Rien de plus vrai. Po-lybe nous le fait assez connoître. Cette campagne-là finissoit infailliblement. Pourquoibazarder la vie de tant de braves soldats , dont la perte est irréparable , lorsqu’on peutvaincre & finir la guerre sans rien bazarder?

La plupart des Généraux d’armées n’y font pas astëz d’attention : cependant c’est cequ’ils ont de mieux à faire Sc de plus important. If semble qu’ils comptent pour rienla vie de leurs soldats & de leurs Officiers : qu’ils soient assommez par milliers , n’im-porte , ils se consolent de leur perte, s’ils peuvent réussir dans leurs entreprises , exécu-tées fans conduite ou fans nécessité comme celle de Cannes. Auguste ne put se consolerde la défaite de ses légions , qui surent taillées en pièces en Allemagne. II sentit fivivement cette perte, q-u'il s’écrioit à tout moment : Farrus rens-moi mes légions. EtVarrus avoit péri avec elles. Tant il reconnoissoit qu’il n’est pas au pouvoir des plusgrands Princes de rétablir une infanterie d’élite qu’on vient de perdre. On ne la recou-vre pas avec de l’argent. Celle d'Espagne fut entièrement détruite à la bataille de Ro-croi, & le seul homme * capable de réparer une si grande infortune y périt aussi. Tousles trésors des Indes n’y ont pû suffire , & l’on est encore à chercher un homme capa-ble de la. remettre sur le même pied.

11. y a un art de ménager la vie des troupes, mais il s’ëst perdu avec la vie de M. deTurenne. II y en a un autre de lés rendre invincibles , & de former de bons Officiers& des hommes capables d’être à la tête des armées , par l’èxcellence de la discipline mi-litaire ; feroit-il enterré avec les Romains ? Ne íeroit-il pas plus aisé de le ressusciter ,que de trouver des gens assez dociles pour approuver ce qui n’èst pas sorti de leur tête?Qu’on me pardonne cette digression.

Le Général Banier , qui étoit fans contredit un des plus grands Guerriers de fostsiécle , ne pensait jamais à aucun dessein tant soit peu considérable , qu’il ne songeât

* U Comte fe Fontaine'