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Tome IV.
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LIVRE III. CHAP. XXIV. 55>

roît mal fondée, rien de plus facile que de la lever & de rendre mon ordre de batailleincompréhensible à l’égard de Partifice ; ainsi l’on peut d’abord mettre la cavalerie (9)aax ailes, avec ordre de passer à la seconde ligne un moment avant le combat. Par cemoien Pennemi ne changera rien dans les siennes : car quelque foin qu’il prenne à s’yfortifier, je ne vois pas qu’il puisse jamais résister contre le choc & l’abord de mes Co-lonnes soutenues d’un corps de cavalerie ; ainsi ma disposition se trouvant en apparenceconforme à la sienne dans la distribution des armes, si elle ne Test dans le nombre, ilcomptera toujours fur fa supériorité & sur P avantage de me déborder à ses ailes , & cetavantage est trompeur : car bien que les miennes puissent être doublées & prises en flanc»peu m’importe, puisqu’elles ne peuvent être entamées: mes Colonnes n’aiant rien defossile, la cavalerie ne pouvant rien dessus, & moins encore des bataillons minces com-me les nôtres.

Le Général ennemi trouvant mon centre dégarni & fur une feule ligne, songera à fai-re un effort de ce côté-là , & à donner dessus ; il se formera mille agréables chimères àce centre, d’en rendre bientôt compte au premier choc , & d’enveloper ensuite mes ai-les. II attaquera, le centre aiant ordre de céder & de rétrograder par une espèce de sui-te simulée, comme celui d’Annibal , il s’enfoncera dans le rentrant ou dans le terrainqu’on lui abandonne, & s’y engagera toujours jusqu'à Pendrait destiné pour y faire fer-me ; & pendant que mes ailes attaquent vigoureusement , & qu’elles passent fur le ven-tre de tout ce qui ose leur résister, mon canon placé dans le rentrant (18) ne peut man-quer de faire un désordre affreux dans les rangs par les divers emplacemens des batteries»Les aîles une fois victorieuses, & il est impossible que cela ne soit pas, l’ennemi enga-gé dans la courbe se trouve envelopé de toutes parts dans ce coupe-gorge , fans aucuneespérance de s'en retirer , comme je l’ai dit plus haut; mais il faut le répéter. C’estuinsi que par Pexcellence d’un ordre de bataille , les petites armées battent les grandes,quelque disproportion de forces qu’íl y ait, & toute P Histoire est remplie de ces sor-tes d’éxemples.

La manœuvre de mon centre est, selon moi, plus simple & moins délicate que celle•du Général de Carthage, qui fait faire deux mouvemens au sien d’abord en avant , &Pautre rétrogradé ; ce qui me semble très-dangereux, & l’est en effet. Ce que je dis icime fait souvenir d’un exemple remarquable, qui fortifie ce que j'ai déja dit. Je le ti-re de Frontin dans ses Stratagèmes.

„ Métellus , faisant la guerre contre Herculéius , avoit mis ses meilleures troupes„ au centre, à P imitation de ses ennemis; mais il sit tout le contraire avant le combat,„ Il y mit ce qu’il avoit de moins bon, & fit passer ce qu’il avoit de meilleures trou-„ pes à ses aîles, les étend bien au-delà de celles des ennemis, & recule en-deçà son„ ceíître , pour ne combattre qu’à ses aîles , & enveîoper Herculéius avant qu’il pût„ être arrivé dans ce rentrant ; ce qui lui réussit : car le combat s’étant engagé long-55 tems avant le centre, il eut celui de doubler les aîles d’Herculéius , & de le défaire„ avant que le centre eût pû en venir aux mains Aussi propofé-je d’attaquer d'a-bord les aîles, & de commencer par-là. Répétons-le encore : si Varro eût engagé lecombat sor tout le front de l’infanterie Carthaginoise, Annibal étoit perdu, son arméetaillée en pièces, & toutes ses machines du centre fe trouvoient démontées.

Les sautes Sc P étourderie de Varro font à peine concevables, & font d’autant plusinexcusables, que quand même il aurait été assuré de la victoire , la prudence vouloirstu'il n’engageât rien , puifqu’en différant & en évitant le combat Pennemi tomboit delui-même en fort peu de jours ; ses troupes n’étoient pas à beaucoup près si bonnes , sibien disciplinées , ni si bien aguerries que celles qu’il fe mit en tête de combattre;Qpand même il auroit été assuré de leur valeur & de leur bonne volonté , étoit-il bien

Vv 2 certaití