SUR LA SECONDE GUERRE TONIQUE. 547
abandonnoit celles dont il s’étoit emparé , pendant qu’il eut dû les détruire pour queî’ennemi n en put profiter. _ . ,
Une victoire ne l’aíTuroit pas , comme je l’ai dit quelque part : q en falloirune seconde pour affermir la première , & cette seconde lui devenoit auíïì inutile
qu’une troisième. C’est le sort des armées coureuses & vagabondes , qui viventau jour la journée , qui ne pensent qu’à vaincre „ sans songer à rien de solide.Charles XII. Roi de Suéde , donna un peu dans le défaut d’Annibal dans sonexpédition de Moscovie. Bien loin de s’aslurer une retraite & de se rendre maîtrede Pultowa avant que de s’y engager tout-à-fait , & d’aller chercher des Alliez,
fur la foi desquels il y avoit fort peu à compter , il donne le tems à ses ennemisde se fortifier , va faire le siège de cette place sans aucun des préparatifs nécessai-res pour réussir dans ses entreprises , ce qui fut la cause de sa ruine & de la per-te entière de son armée , qu’il ne put jamais réparer.
Les Romains , qui s’apperçûrent des sautes d’Annibal , & de son étrange ma-
nière de faire la guerre , ne doutèrent plus de leur salut : l’espérance ne les aban-donna jamais. Tout autre peuple en pareille conjoncture n’eût pas moins espérécontre un ennemi qui s’endort dans la victoire fans la pousser. Ils donnoient libre-ment des combats. Le succès d'un seul suffisoit pour les relever entièrement deleurs pertes. Ce qui redoubloit encore leurs efforts , & augmentoit leur courage
& leur hardiesle , c’est que les grandes actions de Scipion en Espagne & en Afri-que influoient sur les affaires d’Italie : diversion mémorable , dont Rome ne re-connut que trop tard que son salut en dépèndoit absolument. Annibal étoit trophabile & trop éclairé pour ne voir pas que Scipion en ce païs-là lui étoit infini-ment plus redoutable qu'un Fabius & qu'un Marcellus dans celui où il faisoit laguerre , & qu’il seroit enfin réduit à quitter l’Italie pour sauver Carthage. Detoutes les sautes , il n’y en a point qui soient plus sujettes à propagation que cel-les qui se sont à la guerre. Aussi dit-on qu’il n’en sut jamais de petites.
Si Annibal eût marché droit à Rome après la gloire de Cannes , il donnoitl’Empire de l’Italie à Carthage, & celle-ci devenoit maîtreíïe du monde. Et ne profi-tant pas de l’occasion, dès-lors l’Empire est transféré à Rome. La diversion est salu-taire & redoutable contre une Puissance qui en veut à tous, en les prenant les uns aprèsles autres. Celle du Cardinal de Richelieu contre la Maison d*Autriche en i6; i, tou-jours entêtée de fa Monarchie universelle , qui n’étoit pas en ce tems-là si chimériquequ’on diroit bien, n’est guéres moins mémorable que celle des Romains en Espagne,&peu après en Afrique. Cette diversion du Cardinal causa de si furieux embarras à V Em-pereur , qu’elle le réduisit dans l’état du monde le plus déplorable & dans de tels dan-gers , par les pertes qu’il fit, qu’il se vit au moment d’une totale décadence. II l’eûtéprouvée en effet, si ses ennemis euffent feu profiter de leurs avantages. Mais la victoi-re de Léipsick, dont Gustave-Adolphe ne sçut profiter, le tira d’un si grand péril. Re-venons à notre sujet.
Les Romains revenus de la consternation où ils se trouvoient, après une secousse auífifurieuse que celle qu’ils venoient d'éprouver, firent une chose qui me paroît digne d'ad-miration. C’est que sans rien négliger des affaires du dedans, ils songent à conserverleurs conquêtes du dehors , & à en faire de nouvelles. Ils envoient de nouveaux se-cours à Scipion, tout comme si Annibal étoit encore au-delà des Alpes, qu’ilsnel’euf-fent pas à leurs portes lorsque ce secours partit. Peut-on rien voir de plus ferme & dcplus grand? -
]’avoue qu’ils font dignes de nos éloges en cet endroit-là ; mais cela les disculpe t-ildu blâme qu’ils méritent à l’égard de leur conduite en Italie? On ne les reconnoît point
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