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dans les affaires da dedans, leur vue perce au loin dans celles du dehors. Où les ob*jets les frapent de près, ils voient faux. Ils font dans les ténèbres les plus épaisses, oùles autres découvrent distinctement & avec plus de clarté , pour s’empêcher de tomberdans les pièges qu’on leur prépare.
Je n’ai garde de leur refuser les éloges dont je les crois dignes. Mais comme il nem’est pas permis d’imiter les Panégyristes , qui ne touchent qu’aux beaux endroits, lavérité m’oblige à ne les point épargner en d’autres, où je les rencontre en défaut. Onne trouvera donc pas mauvais que je paroisse ici d’un tout autre sentiment que certainsAuteurs anciens , & un plus grand nombre de beaux esprits modernes, qui ne réflé-chissent fur rien, & qui prétendent, comme je l’ai dit ce me semble ailleurs , que lafaute d’Annibal d’avoir négligé ses avantages étoit un esset dé la politique & de la sagessedes Romains.
Ces gens-là feroient fort embarrassez d’en donner des preuves. Rome se sauva sansqu’il fût besoin des intrigues du Cabinet & des conseils du Sénat. Ils aidèrent au ventqui fouffloit, mais ils ne le firent pas naître. Ils prirent conseil de la chose même , &se réglèrent sur la négligence de l’ennemi, qui leur donne tout letems qu’il falloitpourse reconnoître & recourir aux expédieras. Leur salut s’offrit de lui-même, ils ne firentrien que ce que pourroit faire la prudence la plus commune.. Toute autre conduite eûtfait voir qu’ils manquoient non seulement de courage » mais encore d’efprit & de juge-ment.
L’événement de Cannes, qui sembloit être le dernier jour des Romains, leur ouvritpar la nonchalance du victorieux une source abondante de ressources pour se tirer des fâ-cheux embarras où ils se trouvèrent : ressources qui naissent ordinairement des grandesinfortunes, & que les Romains n’eussent jamais découvertes , si l’extrémité de leurs af-faires ne leur eût ouvert les yeux : la faute d'Annibal de laiflèr fa victoire imparfaite, laconsternation où le Sénat se trouvoit alors ; tout cela joint à la crainte du danger fit unetelle révolution dans l’efprit de ses Citoiens, que fans qu aucun s’aviíat de leur faire voirle pressant besoin de la République pour la défense de la liberté, toutes les bourses s’ou-vrirent avec une telle volonté & si généreusement, qu’ou trouva de l’argent au-delà dece qu’il en falloit pour la continuation de la guerre^ Ce s secours font toujours plus cer-tains & plus assurez dans une République que dans un Etat monarchique. Tout celaprouve manifestement que les.Princes où leurs Ministres, qui ne se laissent point abat-tre, & qui s’élàncent au-delà des plus grands revers de fortune , trouvent souvent leursalut, où les petits courages & les esprits médiocres ne voient que des obstacles & desdifficultez insurmontables. On n’est jamais si foible qu’on se l’imagine, lors même queles maux semblent être parvenus I leur comble. Ils ne le sont qu’en apparence aux hom-mes de grand entendement & de grand cœur. Ils trouvent, lorsqu’ils sont arrivez , qu’entenant ferme le gouvernail fans le lâcher , & en se roidiflânt contre la tempête, on íêsauve par des remèdes ausquels l’on n’eut jamais pensé. Les grands succès sont toujoursaccompagnez de défauts dans les suites. Les grands génies les saisissent & en. profitent;Cela se remarque dans les plus grands hommes.
L’Histoire de France nous fournit une infinité d’exemples précisément sur le sait dontje parle, comme celles de tous les Etats du monde: car il n’y a rien de moins rare queces sortes d’événemens.. Ne croiroit-on pas que les actions de vertu des Romains sur-passent tout ce qu’on peut faire & imaginer de plus grand ? Nous avons cité des exem-ples modernes fur. d’autres sujets, qui sont même au-dessus de ceux des Anciens. J’ennais citer trois sur l’événement dont je parle, d’une ressemblance admirable dans presque
toute*;