3 ,o DISSERTATION
c’étoit que la guerre. Le Père Daniel trouve que l’Historien Louis Cabrera raisonnetrès-judicieufement & trè',-sensément sur ce projet , & lui fait dire : que fi le Duc deSavoie avoit écouté le conseil qu’on lui donnoit, il eh, f u lui arriver ce qui arriva auDucfion f ère , lorsqu’il accompagna Charles V. dans fion expédition de Provence , d'entrer enFrance en mangeant des saijáns, & d'en Jortir ne mangeant que des racines ; persuadé qu'ilétoit qu'en de telles occasions les Rois , efi fur tout les Rois de France , ne manquent ja-mais de ressources. Je ì’avoue ; mais en ne leur donnant pas le tems d’y recourir , caril en faut beaucoup , ils fe trouvent nus & fans forces. Le bon Cabrera ne fçait cequ'il dit , . & ne eonnoît pas mieux la Provence que la Picardie. L’Auteur François,au2i mal informé , s’embarraffe quelquefois dans des réflexions politiques & militaires,qui, ne font pas toujours fort juítes : il auroit mieux fait de laisser là son Auteur Espa-gnol ,qui a ses raisons pour raisonner mal, & d’avouer franchement que la faute étoit infini-ment plus grossére que celle d’Annibal, & cet aveu auroit fait honneur à son jugement.
„ Plusieurs personnes éclairées ont cru, dit /’Historien de Louis XIII. que Gustave-„ Adelphe commit la même faute , après la bataille de Léipsick en 1651. qu’Anmbal„ après la bataille de Cannes. En allant droit à Vienne, difoit-on , Sa Majesté Sué-doife chassoit l'Empereur effraié, l’obligeoit à recevoir les conditions de paix qu’elle„ auroit voulu lui preícrire , & lui ôtoit les moiens de soutenir & de poursuivre la
„ guerre. Ferdinand n’avoit point de troupes qu’il pût opposer au vainqueur. La„ ruine de la Maison d’Autriche entraînoit celle de ses Partisans , réduits à implorer la,, clémence du Roi de Suéde , & à s’accommoder au plutôt avec lui. Pendant qu’il„ auroit dépouillé l'Empereur , les Princes de l’union Protestante donnoient assez„ d’occupation à ceux de la ligue Catholique , pour les empêcher de secourir la Mai-„ son d’Autriche.
La saute de Gustave-Adolphe n’est pas à beaucoup près si grande que celle deCharles XII. son petit-fils , après le passage fameux du Boristhéne en 1708. & la ba-taille de Holowzin, qui suivit de près, & qu’il remporta fur le Czar , où ce Princeétoit en personne. Après cette grande action rien ne l’empêchoit d’attendre un grandiconvoi & un renfort considérable de troupes que lui amenoit le Général Lewenhaupt :il devoit mettre toute son attention à ce que ce grand convoi arrivât, & ne fût point
surpris. U lui étoit facile d’y réussir. Mais il tomba dans une autre faute qui fut 1 a cau-se de toutes fes infortunes, elle surpasse celle d’Annibal. Le Roi de Suéde fe lassa d’at-tendre ce convoi, & lui envola ordre de ne pas venir , dit son Historien, qui a écritfur d’excellens Mémoires, j’en puis juger , ce Prince fut quelques jours incertain de la, , route qu’il devoit tenir : ne fçachant s’il devoit poursuivre selon le chemin qu’il prendrait,. . „ ous'il marcherait droit à Moscow pour faire soulever cette Capitale. Ce dernier parti
étoit, ce me semble, le plus sûr pour ruiner F Empire Moscovite ,& ce fut celui auquelSuéde „ le Roi parut d’abord s’attacher ; mais changeant tout à coup de résolution sur quel-sous le „ q ues avis qu’il reçut du Général Mazeppa , avec qui il entretenoit depuis longtemsde’char-” une intelligence secrète , il forma le dessein de marcher vers l’Ukraine , dans í’efpé-les XII. „ rance d’y exciter les Cosaques à une révolte capable d’embarrasser le Czar ”. QuiJiv. IX. doute qu’il ne dût marcher à la Capitale ? Mais il falloit auparavant dissiper les débrisde l’armée vaincue , & ne donner pas le tems au Czar , consterné d’une si grande dé-faite , de revenir de son épouvante, & de rassembler de nouvelles forces pour fe rabattrefur le Général Lewenhaupt, qu’il battit , & lui enleva son convoi. Cette faute pro-duisit cette foule de disgrâces, dont la dernière finit par la perte entière de toute sonarmée à la journée de Pultowa, qui pensa lui coûter la liberté.
Les Politiques malhabiles s’imaginent qu’en prenant toutes les places d’une frontièresil faut nécessairement que la Capitale tombe , & soit soumise au vainqueur , & que
c’est