SUR LA SECONDE GUERRE PUNIQUE. zyr
c’est la chose du monde la plus prudente que d'y marcher après ce coup fait. Ce rai-sonnement vaut moins que rien. Je décidé net , comme 1 on volt ; puisque je suisfondé fur les régies de la guerre & fur le bon sens , autant que fur les exemples an-ciens & modernes. Qu’on fe mette bien à l’esprit que tant que la Capitale subsiste»on en tire des secours & des ressources infinies , qui surprennent quelquefois. J’ a jcité la faute de Philippe II. Le Cardinal Infant nous en offre une de meme espèce, ostil tomba très-grossiérement. L’événement mérite que nous nous y arrêtions, mais enfort peu de mots.
La France ne fut pas moins consternée en r 6; 6. fous le Ministère du Cardinal deRichelieu, plus heureux qu’on ne le croit, & moins habile qu’on ne le pense, commeje le prouverois bien , si c’étoit ici le lieu de faire l’analyse de son Ministère. Notreíoiblesse étoit si grande en Flandre, le Ministre íì mal informé , & les places de Picar-die si mal pourvues, que le Cardinal infant étant entré dans le Roiaume à la tête d’unearmée extraordinairement supérieure à la nôtre, nous n osâmes paraître. L’Fípagnol nctrouvant personne qui lui fît tête, attaque 1a Capelle, qui se rend aussitôt.: le Catelecne tient pas davantage , bien moins par la faute de ceux qui y commandoient que parcelle du Cardinal, qui avoir négligé de munir la frontière de toutes les provisions né-cessaires pour fa défense. On marche de là à Corbie , qui étoit aussi peu en état detenir que les autres : elle capitule fans presque aucune résistance. Cette perte fut suiviede celle de deux postes de peu d’ímportance , & par cette conquête notre frontière setrouva toute ouverte. La fraieur se répandit par tout le Roiaume , lorsqu on appritque les Fspagnols n’étoient plus qu’à vingt lieues de Paris. L’épouvante gagna si fortses Parisiens l qu’il y en eut une infinité qui déménagèrent, & d’autrës' qui atrendoientle moment de partir , après avoir fait emporter au loin ce qu’ils avoient de plus
précieux.
Le Cardinal Ministre tomba dans le même abattement , & certainement le CapucinJoseph son Confident n’avoit pas tort de l’appeller Poule mouillée , 11 pensa d’abord à
conduire le Roi, non moins abattu que lui, à Orléans. Le Général Espagnol ne pou-voir guéres ignorer ces choses. Rien ne l’empêchoit de tirer droit à Paris, & personnene doute qu’il n’y fût entré : tant les Parisiens connoissoient peu la force de leur ville,dit l’Auteur de la Vie du Maréchal de Guébnant , & cependant l’ennerm n’ofá tenterUne telle entreprise. Un Vénitien en donne la raison : c’est , dit-il, que ks arméesvictorieuses trouvent ordinairement des difficultez & des sujets de défiance , dont lesennemis, mieux informez de la mauvaise situation de leurs affaires , ne s’apperçoiventpas. Ce qu’il y a de bien surprenant, c’est qu’il n’y eut aucun combat. La prise d’uneseule ville & de deux méchans châteaux, mit le Roiaume au penchant de fa ruine, dumoins la Capitale ne pouvoir manquer d'être prise. Ce qu’il y a de bien remarquable,c’est que Jean de Wert conseilla & pressa inutilement le Cardinal Infant de profiterd’une si belle occasion. Pendant qu’il s’amuse à ravager la Picardie , Richelieu eut letems de sc reconnoître , & de prendre de bonnes mesures pour arrêter les progrès desennemis. On exhorte les peuples à prendre les armes. Ils font plus, ils ouvrent leursbourses de bonne grâce, & chacun sc taxe au-delà même de fon pouvoir : de fortequ’en peu de tems le Roi se trouva en état de lever de nombreuses troupes dereprendre Corbie, & de repousser les Espagnols jusqu’aux portes dé Bruxelles-
Jl faut des f onds pour la guerre , fans cjuoi , dit Demostnene, projets , mesures , pré—cautions, tout devient impossible. Cette sentence est vraie , & n’a qu'une face ; maisdans les conjonctures telles que celles dont je viens de parler , il faut périr , si l’on netrouve les fonds nécessaires pour fe tirer d’embarras. L ancienne Rome & Paris sontpeut-être les seules villes qui nous aient fourni de tels exemples de générosité dans leurs
Gitoiens*.