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Tome IV.
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;-4 DISSERTATION

toûjours mal fondée. Cette conformité, cet accord de sentimens dans ces deux Chefs,'n’étoient pas impossibles dans deux hommes égalemeftt sages & grands ; mais dans lesRomains, cela ne fe pouvoir. ./Emilius croioit avoir raison, & l’avoit en effet de sui-vre une maniéré de faire la guerre opposée à celle de son Collègue, folle & déraisonna-^ble ( a) , & ne pensoit pas que Rome pût se sauver autrement que par une bonne dé-fensive , beaucoup de petits combats pour aguerrir & discipliner ses troupes, qui enavoient grand besoin, & rien de décisif. Varro, incapable d'un bon conseil, & tropvain pour écouter les préceptes d’autrui , vouloir mettre toutes choses au hazard. Ils’étoit rempli la tête de tant de chimères, qu'il lui tardoit de ne pas triompher de sonennemi.

Le Sénat, qui apprenois toutes ces nouvelles , n’eût-il pas fait plus prudemment derévoquer l'ordre de combattre? On en délibéra dans cette auguste Assemblée. La plusgrande partie, qui n’est jamais la plus faine & la plus raisonnable dans les affaires qui fedécident à la pluralité des voix, avoir pour but de triompher du parti de Fabius, de lemortifier, de l’humilier : celui de Varro , ébloui par les promesses fanfaronnes que ceConsul avoir faites dans fa harangue, l’emporta haut à la main, au grand malheur & àla honte de la République.

On ne doit pas en être étonné, c’est le défaut des Républiques de ne pouvoir souffrir

les vertus trop pleines & trop éclatantes. C’est pour cela que plusieurs grands hommes

íè sont exilez d’Athènes & de Rome. Cette conduite des Romains me fait souvenird’un bon mot d’Anacharsis à Solon, après avoir assisté à une Assemblée : qu'il ne pouvaitPlut. ajseze s’étonner de voir que dans leurs délibérations c’étoient les sages qui parlaient , Cr les fous

Solon. qui décidoient ; ce qui est assez ordinaire dans les Conseils où régné l’esprit de parti, &

où la plus forte cabale est toujours composée de ce qu’il y a de moins raisonnable.

Qui n’admirera l’impudence d’un homme , qui sans expérience & fans autre appuiqu’une folle audace ne promet rien moins que la victoire à ses Citoiens, & de mettrehors de l’Italie cette armée d’étrangers, fans avoir encore vû l’ennemi, ni peut-être d'ar-mée en fa vie Quelle présomption î que de répondre de révénement d’une bataille,comme s’il eût eu à combattre contre le plus méprisable de tous les hommes. Il s’en-gage dans la plus incertaine & la plus douteuse de toutes les affaires humaines, dependan-te de l’expérience, du courage & de f intelligence la plus consommée, contre un Capi-taine qui vient de gagner plusieurs batailles. Mais ce qu’il y a de plus remarquable dansceux qui opinèrent à mettre les affaires au hazard, c’est que leur suffrage & leur senti-ment n’étoient fondez que sur les promesses téméraires de ce Consul, en qui ils ne con-noissoient aucun talent qui pût leur assûrer la victoire , pas seulement la leur faire espé-rer. Quelle ridiculité ! 'quelle simplicité pour les R omains !

Ce fut certes avec raison qu’on se moqua autrefois du Maréchal de Châtillon, p m#les promesses qu’il fit de prendre Saint-Omer , & d’avoir osé si hardiment répondre

d’un succès aussi douteux que celui d’un siège de cette importance, quoique ce Gene-ral ne sût pas ùn homme à mépriser. Varro fait plus , il répond de l’événement dugain d’une bataille, encore plus incertain que celui de la prise d’une place.

,, Les Généraux d’armées qui veulent ménager leur réputation , dit l'Historien de,, Louis XIII. sont ordinairement plus retenus dans leurs promesses & dans leur jugement», fur ce qui doit arriver. Ils aiment mieux faire leurs entreprises difficiles ; afin de re-», cevoir plus de louanges, si elles réussissent, & moins de blâme, si elles échouent. ^

H orne-

(a.) Annibal íè trouvoit alors au moment du pé- où la défensive est nécessaire, elle est ruineuse ***"ïîr faute de subsistance , Sc le tems pouvoii faire trement.

Fcaucoup plus que les armes. C’est dans ce cas