Front.
Strat.
* d‘A-blanc.dansFront.
3 66 dissertation
Voiez, je vous prie, ce que c’est que l’efprit de parti & de cabale. Celui qui do-mine veut couvrir ses mauvais desseins, fa haine & son envie sous le prétexte spécieuxde maintenir la liberté du peuple. II opprime. il rend suspects les gens de bien, qui luifont ombrage, & dont il redoute la vertu. On éléve une mauvaise action,on la cou-ronne, & on rejette la honte de Cannes fur les troupes, qui ont moins sait paraître desoiblesse que leur Général, & dont le plus grand nombre mord la poussière, étendu furle champ de bataille. Ils les punissent par ce qui les honore. Car pour le devoir debraves guerriers, tous tant qu’ils étoient d'infanterie ils l’avoient rempli. II n’en restaque six mille hommes, qui fe sauvèrent avec le Consul, qui est pourtant le seul coupa-ble d’un massacre si essroiable , & î’unique auteur de cette terrible catastrophe. C’estpar le nombre des morts, qui restent fur le champ de bataille, qu’on juge de la gloiredu victorieux, de la bravoure & de l’opiniâtreté du vaincu.
Répétons-le : Varro est pourtant fi bien reçû, que le peuple & le Sénat vont au-de-vant de lui, non pour le complimenter dune victoire à laquelle ils s’étoieat attendus ;mais pour le remercier, pour le louer de s’être sauvé par fa fuite du massacre de ses Ci-toiens, & de n’avoir pas désespéré du salut de la République, & d’avoir mis si bon or-dre au sien. Je n’ai garde de l’en blâmer, & je fuis là-dessus du sentiment de Théode-tus, pour excuser l’extréme ménagement de Varro, qui trouvoit que de se mettre en dan-ger de se faire tuer pour sa patrie, c’étoit à un homme de bon esprit hazarder sa sagessepour des fous mal à propos.
Voila en vérité ust beau sujet d’éloge & d’admiration. Y pense-t-xn bien? Aller au-devant d’un homme qui vient de perdre une bataille pleine & décisive, non par un ac-cident inopiné & au- dessus de la prévoiance humaine ; mais par íâ mauvaise con-duite , son ignorance & sa lâcheté ; encore une sois , par cela seul qu'il n’avoitpas désespéré du salut de sa patrie, comme s’il en devoit être à l’avenir le restaurateur &le libérateur, & qu’il n’y en eût pas d’autres qui valussent mieux que lui. Ce traversne fait il pas bien de l’honneur aux Romains ?
II ne dépendit pas de Varro qu’il ne fût continué dans le commandement des arméespar les intrigues de ceux de son parti ; mais fa disgrâce lui apprit à se mieux connoître.II en sentit si vivement la honte, dit un Ancien, cju’,7 ne toucha, plus depuis à fa barbe,(f renonça aux honneurs qu’on lui offroit , disant quilfalloit les donner à de plus heureuxque lui. Là-dessus un bel esprit * sait une réflexion qui me paraît peu sensée. II fitvoir par-ld , clit-il, qu il ne s'étoit pas conservé par amour de la vie;mais par celui de laRépublique. On doitconclurre tout le contraire: car puisqu’il refuse tout ce qui peutle rendre utile à sa patrie, c’est une marque évidente qu’il ne s’étoit conservé que paramour de la vie.
J’en reviens encore à la réception de Varro. Si après avoir perdu une bataille, oùl’on s’est conduit avec une ignorance extrême de tout ce qui pouvoit en assurer le suc-cès, où l’on a perdu toute l’élite des forces de la République, bien moins par la lâche-té des soldats, que par l'imprudence & la malhabileté d’un Consul ignorant & indignede commander; si, dis-je, après tant de sautes , on est encore bien reçu , seulementparce qu’on n’a point désespéré du salut de la patrie, voilà un bon modèle d’excusepcrurceux qui se feront désormais battre, & pour ceux qui leur reílemblent.
Il faut que je l’avoue, il y a quelque chose d’assez approchant dans presque toutes lesactions qui se sont passées dans la dernière guerre : ceux qui se ménagement le plus, com-me ceux qui se faisoient battre par leur mauvaise conduite , eurent toute la part aux fa-veurs ; les autres, qui firent leur devoir, ne surent pas si bien traitez. On eut raison,après tout, de laisser ceux-ci jouir tristement & fort mal à leur aise de la gloire qu’ibs’étoient acquise; il íalloit consoler les premiers par d’autres endroits pour les exciter a
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