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Tome V.
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LIVRE IV. CHAP. X.

fons voir d’où lui vient l’abondance' de toutes les choies dont ellejouit. Car il y a peu de gens qui en soient inílruits , parce qu’elleest située un peu au-delà des païs qu’on a coutume d’aller voir : nousvoudrions bien que tout le monde connût &c vît même de ses propresyeux ce qu’il y a dans chaque païs de rare & de singulier ; mais puis.que cela ne se peut pas, nous souhaiterions du moins qu’on en eûtune idée qui approchât le plus près qu’il seroit possible de la vérité.Ce qu’on appelle le Pont (a) est d’environ vingt-deux mille stadesde circonférence. II a deux bouches diamétralement opposées , l’une

(a) Ce qu'on appelle le Pont ejì d’ejrviron •vingt-deux mille stades de circonférence. J Cette digres-sion de Polybe est belle, curieuse & divertislante.Ceux qui le blâmeront de s’y être un peu tropétendu, ne ieront pas raisonnables. Sa descrip-tion de Bylânce est très-digne d’avoir place dansune Histoire, £c íès réflexions fur le Pont & lesPalus - Méotides sont-elles moins en leur place ?Quel est le Lecteur qui ne s’ennuie pas a la lectu-re d’un Historien qui resserre Ion imaginationíàns sortir jamais de son sujet? Ce st la tenir à lachaîne, ce qui déplaît extrêmement 8c dégoûtede la lecture > elle veut être promenée de temsen tems 8c de lieu en lieu , pourvû que la pro-menade soit agréable 8c qu’on la ramène peu a-près fur la route d où elle s’éioit écartée. Quipourroit se plaindre d’une épisode bien pratiquée?Qui est ce qui n’aime pas la diversité , 8c quipuiíìè se plaindre d’ètre iervi de différens mets,8c surtout loriqu’ils sont rares £c peu communs?Mon Auteur nous en fournit de cette espèce danslà description de Bysance > £t dans ce qu'il pensedes Palus-Méotides 8c du Pont Euxin : peut-êtreaucun Auteur avant lui n’avoit cu de semblablespensées. Je fuis aster de Ion sentiment à i'égardde cette mer, qu’elle sera un jour entièrementcomblée par les labiés que les rivières y entraî-nent. Aristote prétend qu’elle étoit autrefoistrès-profonde , & que de Ion tems elle ne l’étoitplus tant. Polybe dit la même chose, 8c beau-coup d’autres très-dignes de voir le jour. Si cettemer n’est pas encore remplie, il ne faut conclurede lì sinon que ses conjectures sont fausses. C’estune mer dune plus vaste étendue qu’il ne dit, 8cil faut encore un espace de plus de deux milleans avant que fa prophétie soit accomplie ; maisil n’y a pas à douter un instant qu’elle ne la soirun jour, 8c que les Palus-Méotides ne se remplii-ftnt pas, Hérodote (a) se trompe beaucoup lors-S u ’il dit que „le Pont-Euxin reçoit un Palus” stu’on appelle Méotide, qui n’est guéres moins" |i r and que cette mer , 8c qu’on peut appelierpetiT*! PÊte. 11 s’en faut bien , ce n’est qu’unmilL a C j en comparaison > puisou’ii n’a que cinqrades de circonférence , 2c qu’il donne au

(a) Hérod. lh.

Pont-Euxin onze mi'le cent stades de longueur8c trois mille deux cens dans là plus grande lar-geur , il s’en faut aujourd’hui de deux mille stadesdans fa longueur. S’il prend fa plus grande lar-geur depuis le fleuve Sangarius juiqu’à l’embou-chure du Boriíthéne > il lè trompe environ deneuf cens stades: peut être aussi ne se trompe- 1 -il point, car depuis un il long espace les chosespeuvent être changées.

La tradition n’est pas toujours une chimè-re , quelque décrépite qu’elle soit. Diodorequi perce bien loin dans les siécles reculer,

& va presque à la source , assure que les habi-tans de i'ifle de Samothrace n'avoient pas ou-blié les prodigieux changemens qu’avoit fait dansl’Archipel le débordement du Pont-Euxin , 8ccette tradition nae paroi t plus probable que milleautres qui n’ont pas mille ans d’antiquité. Ceshabitans croioient fermement qu’avant cette fu-rieuse irruption de ses eaux le Pont n’étoit aupa-ravant qu'un lac, & qu’il devint peu à peu unemer considérable par le concours d’un nombre in-fini de fleuves qui s’y dégorgent; que cette ciueeffroiable d’eaux fit un tel désordre dans l’Archi-pel, qu’elle en fit périr presque tous les habitans,submergea les terres les plus basses, réduisit ceuxdes Isles les plus plus élevées à se sauver fur !esommet de leurs montagnes, 8c que les plus gran-des Isles furent coupées par les divers courantsde cet épouvantable déluge, 8t partagées en plu-sieurs petites, qui ne purent être peuplées quepar la luire des tems. 11 ne faut pas être surprisaprè s cela si tout ce païs, devenu tout d’un coupune mer piquée d’une infinité de petites Isles in-habitées 8c désertés , a fourni divers sujets auxPoètes de debiter leurs rêveries £c d’égaier leurimagination à chanter les premiers qui lurent aí-scz. hardis pour les aller reconnoître : doit-on en-core être surpris lî Pline, l’Abréviateur de tantde Livres perdus, moitié fictions moitié histoi-re, nous entretient si souvent de certains change-mens incroiables à ceux qui ne réfléchissent pas,ou qui ne veulent rien croire de ce qui s’est passédans l’univers depu:s tant de siécles? Ce qui s’estpassé de nos jours , fans remonter même plushaut que de deux siécles , n’est pas moins in~eroiabLe. Qn a vû des Isles 8c des montagnes

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