LIVRE I V. CHAP. XIII. s ?
que l’ennemi se trouva tout établi avant que le jour parût» &, ce qui semble incroia-ble, avant que la garnison en eût la moindre nouvelle.
II étoit pourtant difficile qu’on ne fût découvert en quelque endroit ; ce qui n’ar-riva que lorsque le reste de l’infanterie, défiloit par la grande rue , où il salloit effleu-rer une espèce de cazerne , dans laquelle il y avoit une vingtaine de soldats du régi-ment d’Auvergne. Ces soldats s’étant éveillez vers le jour» s’apperçûrent que c’étoientles ennemis. Ils commencèrent à faire grand feu par les fenêtres, ce qui commençaà donner l'alarme. II étoit teins.
6. II.
Le Maréchal de Vdleroi est fait prisonnier , & me partie des Officiers Généraux,Cuirassiers attaque** & battus par le régiment des Vaiffieaux.
L E Maréchal de Villeroi, éveillé par le bruit de plusieurs décharges , se leve enhâte, ordonne à son Sécretaire de prendre garde à ses papiers , & de les brûler,s’il le j ugcoit à propos : que pour lui il alloit monter a cheval 1 & comme le terns.pressoir , on lui jetta un manteau de cavalier fur les épaules. Il galope tout aussitôtà la place, il rencontre en son chemin quelques soldats, qui au bruit des coups de fu-sil étoient sortis avec leurs armes : il en forme une troupe & tire du côté de la place.Mais quelle dut être fa surprise d’y voir l’ennemi , & la troupe de Magdonel qui.lui vint au devant ! Un Sergent lui porta d’abord un coup de halebarde , qui ne fitqu’effleurer, & tout aussitôt il est jetté à bas de son cheval, & sans qu’il fût connuon l’amena au corps-de-garde oìi Magdonel s’étoit posté ; cet Officier ne le connois-sant pas mieux que ceux qui l’avoient amené, ne laissa pas que de lui rendre son cha-peau & sa perruque qu’on lui avoit pris.
Sur ces entrefaites le Marquis de Crenan , qui étoit monté à cheval au bruitdes coups de fusil, aiant ramassé quelques-soldats , se porta sur la place , comme,le rendez-vous en cas d’alarme ; il la trouva entièrement occupée. II voulut at-taquer l'ennemi avec fa petite troupe ; mais la partie n’étant pas égale , ses gensfurent chargez, mis en fuite, & lui blessé à mort. II fut pris dans cet état, &transporté à l’instant dans une cassure hors de la ville. Le Gouverneur ne fut pasplus heureux , il fut blessé de trois coups mortels dans la même ruë. M. leComte de Mongon eût éprouvé peut-être un fort tout semblable , si son chevalne f e sût abatte?fous lui en sortant de son logis , dont il saillit en être étouffé,aiant perdu, à ce qu’on dit , la connoissance par cette chute. A peine fut-i.l deretour chez lui, qu‘un bas Officier des ennemis arriva avec quelques soldats, quile gardèrent à vue. M. d’Egrigny, qui faifoit la fonction d’Intendant, fut auffia rrêté; le Prince Eugène aiant envolé plusieurs détachemens pour arrêter les prin-cipales têtes , ces détachemens firent beaucoup de prisonniers : choie assez inutilelorsqu'on néglige le plus essentiel, comme l’on verra bientôt.
Tous les Officiers Généraux aiant étc pris ou tuez, comme je viens de le dire , L«réserve du Comte de Revel, Lieutenant-Général, & du Marquis de Praslin, Ma-Iec . ^ de Camp, ceux-ci étoient destinez pour etre chargez seuls du soin de tout cess" devoir s’exécuter dans cette journée. Comme s’ils s'étoient donnez le mot, ilsord Uren * k ^ndre en droiture au château, pour être à portée de donner de là lesi S nece ssaires, d’envoier des secours où ils jugeroient qu’on en auroit besoin, &concerter ensemble les partis qu’ils auroient à prendre. Le succès fit assez voir
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